Artisanat : la céramique d’Amelie Patry

À une époque où les objets parcourent des milliers de kilomètres avant d’arriver jusqu’à nous, Amélie Patry fait le chemin inverse. La céramiste compose chacune de ses pièces à partir de la terre, du sable et des cendres qu’elle récolte autour de chez elle. Entre ses mains, chaque objet devient la mémoire d’un paysage et le témoignage sensible d’un territoire.

Par Amandine Grosse – Photographies : Anne-Claire Héraud

Le travail de la terre d’Amelie Patry

Le chemin pour y parvenir

Tenir un objet né des mains d’Amélie invite à un voyage aux origines de la matière. Disons-le, il est rare de rencontrer une artisane si profondément ancrée dans le sens de sa pratique. Car au-delà d’un travail organique de la matière, Amélie a la particularité de confectionner son argile elle-même en récoltant, à travers les Pays de la Loire, les roches, la terre, les matières premières qui composeront la base de ses objets. Derrière ce travail de recherche et de confection entamé il y a cinq ans, il y a un parcours comme autant de petits cailloux qui la mèneront à Potry. « J’ai commencé très tôt un métier de fleuriste, mais au fil des années, j’étais triste d’être trop souvent enfermée dans la boutique. Pour étoffer nos bouquets, il y avait des moments de respiration où nous sortions de la ville pour glaner du lierre et des feuillages en pleine campagne. Avec le recul, ces parenthèses ont semé quelque chose dans ma tête. » Amélie quitte les fleurs pour reprendre ses études aux Beaux-Arts. « Ma démarche artistique consistait déjà à faire avec les éléments qui composaient mon environnement. »

Le monde du travail la rattrape et Amélie intègre une agence de communication, puis se spécialise dans le design textile : « C’était mon objectif de vie de travailler dans le textile, mais une fois dans le secteur, j’ai découvert que l’on faisait tout fabriquer en Chine ou en Inde. Les tissus multipliaient les voyages en avion, les conditions de travail n’étaient pas toujours clean. Un an avant le Covid, je me suis demandé ce que je faisais là. Il fallait que je change. » Amélie négocie une rupture conventionnelle. Au cœur de la campagne où elle vit, elle s’octroie un temps de recherche. Toujours passionnée par le textile, elle s’essaie à la teinture végétale mais aussi à la céramique, qu’elle avait expérimentée le temps d’un échange à Athènes. « Là- bas, j’ai commencé à ramasser des sables que je trouvais dans les montagnes. Je mettais quelques inclusions de ces sables dans mes céramiques. » Le début d’un cheminement créatif dont Amélie ne prend pas encore conscience, qui se rattache à un autre élément fondateur : l’enfance.

De la douceur

Sans cesse encouragée à jouer dehors, Amélie a grandi à la campagne entourée par des grands-parents agriculteurs : « J’ai toujours glané plein de cailloux. Depuis ma plus tendre enfance, je les ai collectionnés. J’ai récolté ces petites choses qui me touchaient par leur forme et leur texture. » Au contact de la céramique, la jeune femme renoue avec son attrait pour les matières naturelles. De retour de Grèce, elle poursuit ses explorations et rencontre le cousin de sa mère, céramiste dans les Cévennes. Elle passe trois semaines à ses côtés et dessine avec plus de précision son tableau idéal : « Il a un quotidien apaisé à la campagne, confectionne des pots en céramique l’hiver, les vend sur des marchés l’été. Je me suis dit que c’était beau comme vie. » Quelques années plus tard, quand elle quitte son métier, elle repense à Athènes, à ce cousin, à la nature à portée de main, à la céramique, et vise un objectif : la douceur. « Pour être alignée avec mon métier, il fallait que je sois avant tout heureuse. J’aime être dehors, récolter des choses, vivre des émotions au contact de la nature, faire de l’escalade, être attentive à l’environnement qui m’entoure. Quitter la stabilité me faisait peur, mais je devais prendre soin de moi. »

L’infiniment petit

Elle choisit de s’installer sur les bords de Loire. Dans cette région, le paysage est pluriel et change au fil des saisons. « Je me suis sentie connectée à cet endroit. Il fallait que je fasse quelque chose avec ce que j’avais sous les yeux et sous mes pieds. » Amélie se lance le défi de fabriquer elle- même son argile. Elle ramasse, récolte, teste, cuit, recommence, mais la terre ne prend pas : « La matière se fendait avant même la cuisson. » Encouragée par son compagnon, éleveur de chevaux, elle reprend ses recherches, repère de nouveaux lieux, escalade les roches, traverse des espaces plus ou moins accessibles, cartographie le territoire : les carrières d’argile, les étangs ou encore les chantiers accessibles. Malgré les aléas, la casse et le manque de matière première, Amélie poursuit son objectif : « Je voulais être libre, avoir une autonomie. En travaillant avec des argiles sauvages, je raconte vraiment quelque chose de plus. Cela a pris deux ans pour me sentir à l’aise, avoir du stock d’avance, un volume intéressant et une compréhension plus claire de la matière. »

Puis le virage s’opère et la céramiste réussit à créer sa propre terre, alliance de tous les paysages qu’elle traverse. « J’ai réussi à sentir davantage les terres que je ramassais. Certaines sont douces, d’autres plus sableuses ou plus élastiques. Je les mélange pour créer la mienne. C’est un travail physique et sensoriel. »

Dans chaque pièce, un paysage

Profondément connectée à la nature, Amélie Patry pousse sa démarche dans chaque détail. Elle récupère les cendres de bois des châtaigniers de son père, brûle des végétaux et le foin utilisé par son compagnon pour les chevaux et collabore avec des viticulteurs pour exploiter les sarments de vigne. Les cendres lui permettent de mettre au point ses émaillages. Brutal Ceramics la contacte pour une première commande. Forte de ses convictions, Amélie reste alignée avec son savoir-faire : créer sa terre, revenir au travail des premiers potiers. Loin d’être une chapardeuse, elle crée du lien avec les hommes et les femmes présents sur ces terres. Une fois la technique aboutie, vient le temps de créer et d’y insuffler sa philosophie.

« Dans mes différents métiers, les images que je collectionnais ont toujours été le fil rouge. Avec la céramique, j’ai envie de raconter une histoire à travers ces images, ces couleurs, ces reliefs. Il n’y a rien de calculé, tout est très organique. Je laisse la matière parler. Plus je cherche à obtenir une forme précise, moins la terre m’y amène. La vérité, c’est que je travaille une matière que je ne contrôle pas, et qui donne le vertige, tant elle nous raconte qu’elle était là avant nous et sera là après. » Comme un emprunt que l’artiste fait avec respect pour témoigner du temps qui passe. Tenir une pièce d’Amélie Patry entre les mains, c’est plonger avec elle dans les pérégrinations qui la mènent à faire le lien entre nous et la nature. En définitive, l’humain.

@hellopotry

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