Nostalgie du présent
Originaire de Picardie, c’est au cœur du 11e arrondissement de Paris que Fanny Petit pose ses valises pour suivre ses études. Un quartier-village qu’elle ne quittera plus et dans lequel elle investit en 2019 avec son mari Charles Baudoux : « Nous cherchions un lieu de vie, dans un immeuble des années 1970. Avec l’arrivée prochaine de notre premier enfant, nous visions la praticité et l’ergonomie propres aux constructions de cette époque. » L’évidence opère face à cet appartement de 60 mètres carrés dont les volumes et les pièces carrées forment un écrin idéal pour y vivre en famille.
« Je voulais que cet appartement soit le reflet de notre quotidien. » C’est chose faite pour Fanny, dont le métier de directrice artistique infuse sa manière de penser l’espace, telle une scénographe : « Je cherche moins à reproduire une esthétique qu’à retrouver une sensation. Je sais très vite quand, pour moi, ça fonctionne ou non. » Chez la jeune femme, maman de Marcel, 7 ans, et Michel, 3 ans, l’intuition esthétique irrigue son travail et trouve sa source dans l’enfance : « C’est une période très précieuse pour moi. Je vois à quel point elle nourrit encore mon quotidien. » Cette mémoire heureuse semble s’écrire au présent dans chaque pan de sa vie, à l’image de son attrait pour une mode playful et créative (sa tenue est signée par la marque espagnole Bobo Choses). Les voyages entrepris avec ses parents, son goût pour l’architecture, les motifs des années 1970 et les intérieurs chaleureux composent un répertoire intime qui fait naître un vent de nostalgie positive chez quiconque entre chez Fanny Petit.
Habiter l’espace
Loin d’être un projet clé en main, l’appartement de Fanny et Charles s’est fait pièce par pièce avec le désir de finaliser un choix dès lors qu’il faisait sens : « Je pense que je recherche un équilibre à chaque fois. On parle de mes choix audacieux sur les couleurs, les motifs, les alliances, mais pour que tout fonctionne, je compose avec les détails et les finitions. Pour cela, il faut savoir prendre son temps. Souvent, c’est en habitant les espaces que viennent les idées. » Une manière de créer qui laisse peu de place aux sirènes des tendances ; l’intemporel ne se niche pas dans les basiques mais dans l’histoire qu’il raconte. « On me demande parfois si je n’ai pas peur de me lasser de mes choix mais, en général, quand je le sens, je ne reviens pas en arrière. En revanche, quand je suis indécise, je préfère attendre. » Sensible aux lieux et aux matières nourris par le passé, le couple conserve les sols d’origine : le parquet mosaïque aux accents très seventies et les tomettes dans la cuisine. Si, au départ, Fanny avait gardé les murs blancs de l’appartement, c’est à l’issue du concours Couleurs de Plum Living, dont elle est jury, que la marque lui propose de penser trois aménagements de son appartement : « J’ai imaginé trois projets distincts – la cuisine et les deux chambres –, chacun autour de trois nouvelles couleurs de la palette Plum Living. L’idée était de montrer qu’une couleur pouvait complètement transformer un espace. »
Dans la cuisine ouverte sur le salon, Fanny imagine une boîte rose, écrin des moments partagés en famille et cocon de douceur pour cuisiner. « On a créé cet esprit boîte dont la couleur s’étire jusqu’au plafond, avec la teinte Rose Sorbet. C’est ici que l’on se retrouve le plus à quatre. Le grand y fait ses devoirs et, même si j’ai un petit bureau dans le salon, c’est sur la table de la cuisine que je travaille le plus. » Et comme la contrainte est un tremplin à la créativité de la directrice artistique, la colonne vide-ordures de la cuisine est carrelée d’un triptyque bronze, rose et blanc. Ou l’art de ne pas dissimuler, mais d’exploiter le visible autrement.
L’amour du playful
Dans les deux chambres, desservies par un couloir, le défi était de créer un univers dans un petit espace de 9 mètres carrés chacune : « Je suis partie d’un papier peint vichy créé par Mathilde Cabanas pour imaginer un détail qui compte beaucoup pour moi : les poignées carrées, réalisées par l’architecte Pauline Borgia. J’aime les fils conducteurs et leur forme répondait parfaitement au motif du papier peint. » Sur les autres murs, la peinture jaune beurre contraste avec sens et baigne la chambre d’une lumière douce et apaisante. Dans la chambre des garçons, le papier peint a été installé avant même la naissance de l’aîné. « Ce choix n’était pas une évidence claire au départ mais j’ai bien fait d’écouter mon instinct car ces oiseaux bleus apportent un équilibre intéressant avec le graphisme du mobilier, tout en restant enfantins et poétiques. »
Signé par le designer autrichien Thomas Maitz, fondateur de Perludi, le lit superposé au revêtement en laine est une ode à la rondeur et au jeu. Le lit du bas, tenu à quelques centimètres du sol, empêche les chutes nocturnes et permet à l’objet-lit de s’intégrer pleinement à la pièce. « Quand on enlève le matelas, il y a un circuit de billes intégré ! J’aime les fonctionnalités diverses », s’amuse Fanny, pour qui l’esprit ludique traduit pleinement son envie d’ériger des ponts entre design et vivant, praticité et esthétique, design et jeu. Un goût de l’habitat comme expérience quotidienne, à l’image de sa salle de bains au sol en lino patiné, vestige d’une nostalgie enfantine. « C’est vrai qu’il y a chez nous beaucoup de sensorialité liée au toucher autant qu’à la vue », remarque Fanny.
Une chance pour ses fils, qui s’imprègnent
avec joie et curiosité d’une manière de vivre autant que d’être, où l’art d’allier les goûts et les couleurs devient une langue maternelle. À 1 heure de leur vie parisienne, Maison Nino fait, quant à elle, le pont avec l’enfance du couple qui a rénové une maison dans le village qui les a vus grandir. Ouvert à la location, ce projet annexe investit avec sens l’obsession vertueuse de Fanny Petit : vivre l’habitat comme on traverse l’existence – avec joie !
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Numéro 125 (septembre – octobre 2026) – Paysages intérieurs, Éloge de la couleur
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