Comment est née cette collaboration entre Ruinart et La Fenière autour de Ruinart Blanc Singulier ?
C.F. : La rencontre avec Nadia s’est concrétisée au cœur de la Maison Ruinart, lors de sa visite pour découvrir notre histoire, nos crayères et nos vins. Nous étions depuis longtemps déjà fascinés par l’audace de sa cuisine libre, son parcours inspirant, sa philosophie culinaire et, surtout, son engagement indéfectible envers la nature et la durabilité. J’ai été honorée avec l’équipe qu’elle accepte d’embarquer dans cette aventure collaborative.
N.S. : Je crois profondément que les plus belles rencontres naissent d’une vision commune avant même de naître d’un projet. Avec Caroline, nous nous sommes rencontrées autour d’une même conviction : celle que le vivant nous oblige à l’humilité. Nous travaillons chacune avec des matières qui nous dépassent. Le raisin pour elle, les plantes, les graines, les légumes pour moi. Nous sommes les interprètes d’un territoire, d’un climat, d’une saison. Cette rencontre s’est donc construite naturellement autour du respect du temps, de l’observation et de l’envie de raconter une autre histoire de la gastronomie et du vin.
Quelles valeurs communes partagez-vous ?
C.F. : La durabilité est le fil conducteur de la Maison Ruinart et constitue un point de convergence fondamental avec Nadia. Depuis 2020, nous avons réintroduit des pratiques régénératives auseindenotrevignoble,enplaçantla vitiforesterie et la biodiversité au centre de nos préoccupations, notamment sur nos 40 hectares de Taissy, véritable laboratoire et conservatoire à ciel ouvert. Il est nécessaire de repenser nos modes de vie, nos pratiques culturales et nos méthodes d’élaboration des vins pour nous adapter aux évolutions de la nature. Avec Nadia, nous explorerons comment nos champagnes peuvent sublimer des ingrédients locaux et de saison, issus d’une agriculture responsable. Il s’agit de créer une synergie où chaque élément, du raisin à l’ingrédient, du vin au plat, respecte et valorise la nature, tout en offrant une expérience olfactive et gustative singulière. N.S. : Pour moi, c’est la durabilité avant tout. Ce n’est pas une contrainte mais une source de créativité. Je travaille exclusivement avec des producteurs engagés dans des pratiques agroécologiques, des hommes et des femmes qui prennent soin des sols autant que des récoltes. Dans cette collaboration, je souhaite mettre en lumière ces filières : les légumineuses méditerranéennes, les herbes sauvages, les agrumes transformés, les graines anciennes. Chaque ingrédient devient alors l’ambassadeur d’un territoire. La gastronomie et le champagne ont un rôle essentiel : celui de réconcilier le plaisir avec la responsabilité
Diriez-vous que vous avez en commun de vouloir faire “avec” la nature, sans la forcer ou la transformer mais en la percevant et en vous adaptant à ce qu’elle a à offrir ?
C.F. : Ensemble, nous portons un message essentiel : celui du respect intrinsèque du vivant et de la nature. Le savoir-faire que nous désirons partager est celui de la recherche constante de l’équilibre parfait, que ce soit dans l’élaboration d’un champagne ou la création d’un plat, afin d’offrir des expériences uniques et porteuses de sens.
N.S. : Je dirais que l’avenir de la gastronomie passe par une meilleure compréhension du vivant. Nous devons apprendre à regarder les sols, les plantes, les saisons et les climats comme des partenaires. Nous avons longtemps pensé que l’excellence consistait à maîtriser la nature. Je crois aujourd’hui que l’excellence consiste à collaborer avec elle.
Caroline, qu’ont de particulier les cuvées successives de Ruinart Blanc Singulier de 2018, 2019 et 2020 ?
CF : Ces trois années ont été marquées par un ensoleillement élevé en Champagne, des températures qui augmentent et, pour les experts de la Maison, révèlent des chardonnays au profil aromatique inhabituel. L’Édition 20, un champagne 100 % chardonnay Brut Nature, constitue avec les précédentes Éditions 18 et 19, une trilogie témoin de ces années marquées par un réchauffement climatique. Ces cuvées illustrent des profils aromatiques du chardonnay jusqu’alors inédits issus d’années marquées par des variations climatiques. Ces vins révèlent un nouveau répertoire d’arômes aux notes de fruits blancs juteux, d’épices fumées et d’herbes aromatiques dont l’intensité est soutenue par une texture puissante. Cette nouvelle expression du chardonnay recompose les équilibres entre les 5 saveurs où l’umami vient prendre une place particulière.
Qu’est-ce qui vous a séduit dans l’approche gastronomique de Nadia ?
CF : Nos univers reposent sur des fondations sensorielles, émotionnelles et techniques similaires. Ce sont des approches complémentaires, chacune mettant en lumière l’expression et la richesse de nos terroirs, et se sublimant mutuellement. Ce qui m’a immédiatement frappée lors de nos échanges avec Nadia, c’est son équilibre entre sa rigueur technique et scientifique, son intuition, sa capacité à construire un plat sans artifice superflu, et sa quête inlassable de l’harmonie.
Nadia, qu’est-ce qui vous a plu dans la démarche œnologique de Ruinart et Caroline ?
NS : Je vois dans le travail de Caroline une immense précision au service de quelque chose d’invisible. Comme en cuisine, il ne s’agit pas simplement de produire mais de révéler. Le champagne est une écriture du climat. La cuisine devrait être la même chose. Ce qui me touche particulièrement chez Caroline, c’est cette capacité à écouter les transformations du vivant plutôt qu’à les contraindre. Nous partageons cette volonté de comprendre avant d’agir. Chez Ruinart, c’est cette volonté d’interroger le champagne non comme un produit de luxe, mais comme l’expression d’un terroir vivant. On ressent une recherche permanente d’équilibre entre l’excellence, le temps, la connaissance et le respect du vivant. Cette manière de considérer chaque décision, de la vigne jusqu’au verre, fait écho à ma propre vision de la cuisine.
De quelle manière avez-vous apporté votre sensibilité au travail fait par les vignerons et les vigneronnes ? Comment la bulle vous a-t-elle guidée pour imaginer les accords mets et vins liés à ces 3 cuvées Editions 18,19 et 20 ?
NS : Ruinart Blanc Singulier me parle d’adaptation. Nous vivons une époque où les équilibres changent. Les paysages agricoles changent. Les saisons changent. Les gestes changent. Plutôt que de nier ces transformations, Ruinart choisit de les observer et de les traduire. Je trouve cette démarche profondément inspirante parce qu’elle rejoint mon travail sur les filières agricoles méditerranéennes. Depuis des années, je m’interroge sur les graines capables de nourrir demain, sur les variétés résilientes, sur les cultures adaptées à nos territoires. Ruinart Blanc Singulier raconte finalement la même chose : comment continuer à créer de la beauté dans un monde qui évolue. Au regard des accords mets & vins, j’aime sortir le champagne de son rôle traditionnel d’accompagnement de l’apéritif. Je le vois dialoguer avec l’amertume délicate d’un artichaut, avec la profondeur saline d’une poutargue, avec les notes fumées d’un fenouil travaillé dans toutes ses dimensions. J’aime également les accords autour des légumes fermentés, des condiments d’agrumes ou encore des desserts peu sucrés où la fraîcheur végétale laisse au vin toute sa place. Et pour moi la boisson arrive aussi comme un assaisonnement d’un plat, j’amène le champagne Ruinart Blanc Singulier dans cette même manière, la bulle guide vers un monde et dans chaque millésime je perçois une histoire différente de la nature, c’est de cette façon-là que j’aime le raconter avec ma cuisine. Servir le 2019 sur un chawanmushi, avec un bouillon très pur, c’est amener le champagne dans une matière qui pourrait casser la bulle, mais au contraire ici cela révèle l’umami. L’audace n’est pas forcément dans la surprise. Elle réside souvent dans l’équilibre inattendu.
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Numéro 11 (septembre – octobre – novembre 2026) – L’automne s’invite à table
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