« Bonjour, je suis Vanessa et vous êtes chez Lulu, ma seconde adresse après l’hôtel Henriette. Je suis hôtelière et décoratrice. » Une touche-à-tout, aime-t-elle dire, au parcours qui n’a rien de linéaire. Ancienne journaliste de mode, Vanessa Scoffier bascule dans l’hôtellerie en 2013, en reprenant la Résidence des Gobelins, qu’elle métamorphose en Hôtel Henriette. Aujourd’hui, au 155, boulevard du Montparnasse, dans le 6ᵉ arrondissement, Lulu ouvre ses portes début septembre 2026, avec ses vingt-sept chambres, son béton brut, son inox brossé, son piano, et un canapé Corbi des années 70. Un hôtel dont elle a mené le projet de A à Z, plans, chantier, décoration, jusqu’aux cale-portes qu’elle a posés dans chaque chambre.
D’où vient le nom de Lulu, et pourquoi avoir ouvert une deuxième adresse ?
Lulu est le petit nom que nous avons donné au Jardin du Luxembourg. Nous avons découvert ensuite qu’une certaine Lulu de Montparnasse avait existé : une femme qui avait monté le premier bar lesbien, Le Monocle. Cela m’a beaucoup plu. Quant à la deuxième adresse, je voulais un endroit où je puisse exprimer davantage ce que j’avais envie de faire en décoration. Cet espace m’a plu, il m’a inspirée, je me suis lancée : je l’ai acheté il y a un an.
Qu’est-ce qui vous a séduite dans cet immeuble et dans ce quartier ?
Il y a peu d’hôtels dans le quartier, contrairement à la rive droite. J’aime la proximité du jardin du Luxembourg, à cinq minutes à pied, toute la richesse et l’histoire du 6ᵉ arrondissement, ses artistes. Et puis il y a l’espace, avec la verrière côté jardin d’hiver. C’est peut-être un risque : aller dans le 9ᵉ, le 1ᵉʳ ou le 2ᵉ est sans doute moins hasardeux. Mais nous sommes à deux pas de Saint-Germain, de Saint-Sulpice, d’Odéon : un quartier touristique que les clients apprécient énormément.

Comment avez-vous imaginé cet hôtel, et d’où vient votre inspiration ?
Je pense que le fait décoratrice m’apporte un œil différent de celui d’un hôtelier : je combine les deux. Surtout, je suis très instinctive. Je n’aime pas les endroits figés : je fais les choses de façon organique, au fur et à mesure, avec mes tripes. J’aime les aspérités, et je n’aime pas la perfection : c’est ce qui donne une âme aux lieux.
Les inspirations sont donc multiples, et elles évoluent avec le chantier. Je chine, j’achète des choses qui me plaisent, que je pourrais mettre chez moi, qui ont une vraie histoire. Il y avait aussi des matériaux que j’avais envie d’utiliser, comme l’inox, le béton, que j’emploie depuis longtemps, ou la laque. J’ai voulu un endroit différent de l’Henriette : plus masculin, plus minimaliste, plus brutaliste.

Qu’est-ce que l’on vient chercher en priorité dans un hôtel de nos jours selon vous ?
Je suis moi-même une grande consommatrice d’hôtels, et ce que l’on vient y chercher, c’est de ne pas être un simple numéro : passer le lobby, prendre sa clé, monter dans sa chambre, sans aucun lien. Aujourd’hui, les clients veulent vivre une expérience, découvrir Paris autrement que comme des touristes, avoir une expérience musicale ou culinaire sur place, plutôt que de simplement dormir. J’ai donc envie d’un hôtel ouvert sur le quartier, pas uniquement pour les voyageurs d’affaires ou les touristes, mais où les Parisiens s’approprient les lieux et fassent partie du paysage.
C’est pour cela que j’ouvre un coffee shop, qui s’appelle Room, où l’on propose du café Tanat, un très bon matcha, et où le soir, du jeudi au samedi, le lieu se transforme en piano-bar, avec des programmations musicales variées : du français, de l’international, du jazz, avec piano, voix ou contrebasse. Le rez-de-chaussée doit être un lieu de vie, de partage, avec de vraies expériences culinaires et musicales, des rencontres, peut-être des dîners : un lieu vivant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, avec de l’âme, plutôt qu’un endroit impersonnel.
Comment avez-vous imaginé les chambres ?
Elles sont pensées à la fois en hôtelière, en cliente et en décoratrice : je ne sacrifie jamais le confort à la déco. Il est primordial de pouvoir poser ses affaires, et d’avoir une très bonne literie. Les chambres sont plutôt monacales : j’ai voulu un endroit très agréable, très cocon, silencieux, vraiment fait pour se reposer et se déconnecter. L’intérêt de cet immeuble, c’est d’être traversant : on ne donne pas sur une petite cour sombre, mais sur la rue Notre-Dame-des-Champs et sur le boulevard. C’est très lumineux, et c’est ce que j’apprécie particulièrement dans les chambres. Les salles de bains, elles, sont différentes les unes des autres : c’est un petit rappel de mes origines méditerranéennes. Je les ai faites avec de petits carreaux de couleur, pour ce côté piscine méditerranéenne, et en clin d’œil à l’hôtel de Nice, qui était le nom de cet hôtel il y a quatre-vingts ans. Si je devais dormir dans l’une de ces chambres, je choisirais côté boulevard, au dernier étage, plein sud, avec la vue sous les toits, et pas forcément l’une des plus grandes : j’aime beaucoup les numéros 4, qui sont plus petites. Et j’adore les salles de bains des numéros 5, spacieuses et très lumineuses.

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Hôtel Lulu






