La certification B-Corp fête ses 20 ans d’engagement

Vingt ans. C’est l’âge qu’affiche cette année la certification B Corp, née de la conviction qu’une entreprise ne devrait plus se mesurer seulement à ses chiffres, mais aussi à son impact. Deux décennies plus tard, alors que la question du sens infuse de plus en plus nos paniers de course,  le label change d’échelle et de nature : nouveau référentiel, nouvelles exigences, nouvelle manière de prouver son engagement.

Par Auxane Ringeard - Photo : Jonak

Une certification à 360°c : B-Corp

Passer du cargo classique au voilier pour ses approvisionnements, ouvrir un espace réparation plutôt que de pousser au rachat, suivre les conditions de travail jusqu’au dernier fournisseur, choisir des matières premières locales, même si la marge en pâtit, ou alors afficher sa politique de parité sans filtre… Et si la réussite d’une entreprise ne se mesurait plus seulement en chiffres, mais aussi en impact ? C’est le pari de B Corp depuis 20 ans,  une certification qui évalue les entreprises sur leur gouvernance, leur impact social et environnemental dans leur globalité. Un label exigeant et de plus en plus convoité par des marques comme Patagonia, Danone, Veja, Jonak ou Camif… Cependant, également un label qui n’est pas un totem qu’on accroche en vitrine une fois pour toutes : il impose de revalider ses efforts tous les trois ans.  À l’heure où l’on regarde de plus en plus l’impact de nos achats, on ne se soucie plus seulement du vendeur qu’on a en face de soi en boutique, mais de toutes les mains qui ont façonné le produit avant lui. Le monde de 2026 cherche du sens et de la cohérence dans ses actions, payer ses légumes à un prix qui rémunère justement l’agriculteur, et vouloir la même chose, désormais, pour son manteau…

L’histoire B-Corp

2006 aux États-Unis, trois entrepreneurs, Bart Houlahan, Jay Coen Gilbert et Andrew Kassoy, peinant à préserver les engagements sociaux et environnementaux de leur entreprise après l’arrivée de nouveaux investisseurs. Alors ils imaginent un système capable de reconnaître se qui crée de la valeur autre que chiffrable. Sous l’impulsion de l’ONG B Lab, naît ainsi B Corporation, dont le « B » signifie « Beneficial » : bénéfique pour les personnes, les territoires et le vivant, et pas uniquement pour les actionnaires comme ils aiment le dire.

Aujourd’hui, 20 ans après le démarrage, le mouvement compte plus de 10 000 entreprises dans plus de 100 pays : États-Unis (berceau du mouvement), Royaume-Uni, Italie…. En France, un peu plus de 600 marques (Veja, Camif, Nature & Découvertes, Le Slip Français, Rituals France, Sézane, Horace, Typologie, Unbottled, …) De petites entreprises à des entreprises internationales, de tous secteurs (mode, alimentaire, technologique …). Un chiffre encore confidentiel mais en croissance, avec notamment un boom post-covid, moment où les marques ont pris du temps pour réfléchir à leurs valeurs. On note une croissance de +300% entre 2020 et 2025.

Une nouvelle vague d’évaluation, plus exigeante et plus équilibrée

Contrairement à une idée reçue, B Corp n’évalue pas un produit mais l’ensemble d’une entreprise.

Depuis février 2026, le mouvement a d’ailleurs renforcé son référentiel avec une nouvelle architecture d’évaluation Jusqu’ici, il suffisait de cumuler 80 points sur 200, répartis sur cinq grandes familles de critères, pour décrocher le label, quitte à briller sur un sujet pour compenser une faiblesse ailleurs. Ce système laissait la porte ouverte à des certifications déséquilibrées. Maintenant : exit le score global, les entreprises doivent montrer leur performance à travers sept thématiques majeures, considérées avec un niveau d’exigence équivalent, avec un seuil pour chacune d’elles : la gouvernance, les collaborateurs, les clients, les communautés, l’environnement, les droits humains et l’action climatique. La certification appuie que l’objectif n’est plus d’exceller sur un seul sujet, mais de démontrer une progression sur l’ensemble de ces dimensions.

©Faguo

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Les critères d’évaluation B-Corp :

1. La gouvernance examine la manière dont l’entreprise prend ses décisions en intègrant les enjeux sociaux/environnementaux.
Exemple : intégration d’objectifs environnementaux dans la rémunération des dirigeants, comme c’est le cas chez Danone depuis novembre 2025 

2. Le volet collaborateurs s’intéresse aux conditions de travail, à la formation, à l’égalité ou encore au bien-être des équipes.
Exemple : politique de congé parental renforcée, budget annuel de formation pour chaque salarié ou index égalité femmes-hommes supérieur à la moyenne comme chez Izipizi, dont l’index égalité femmes-hommes atteint 86/100 et qui forme 100 % de ses salariés.

3. Les clients sont évalués à travers la qualité des produits ou services proposés et leur impact positif.
Exemple : conception de produits plus durables, transparence sur les ingrédients ou mise en place d’un service de réparation pour prolonger la durée de vie des produits comme chez Jonak, qui a créé un réseau de cordonniers partenaires pour réparer et entretenir ses chaussures plutôt que de pousser au rachat.

4. Les communautés concernent les relations avec les fournisseurs, les territoires et l’économie locale.
Exemple : fabrication en France ou en Europe, partenariats avec des entreprises de l’économie sociale et solidaire, recours à des fournisseurs locaux ou à des structures d’insertion comme chez Ysé, qui a lancé son projet Seconde Vie avec l’association À Féminin, qui aide des femmes à se réinsérer par des activités textiles.

5. L’environnement mesure elle, la gestion des ressources, des déchets, de la biodiversité et des émissions de carbone.
Exemple : utilisation de matières recyclées, réduction des emballages plastiques, alimentation des sites avec de l’électricité renouvelable ou programme de préservation de la biodiversité comme chez Faguo, qui conçoit ses collections à partir de bouteilles plastique broyées et transformées en matière textile.

6. Les droits humains évaluent les valeurs humaines de l’entreprise sur toute sa chaîne de relation.
Exemple : vérifications des fournisseurs, interdiction du travail forcé et du travail des enfants, politique d’achats responsables…comme chez Jonak, qui mène des audits sociaux sur la moitié de ses ateliers et travaille depuis plus de vingt ans avec les mêmes artisans portugais.

7. Enfin le critère action climatique pointe les actions et les résultats en terme de réduction des émissions.
Exemple : réalisation d’un bilan carbone complet, objectifs de réduction des émissions alignés avec les recommandations scientifiques, diminution des émissions liées au transport ou à la consommation d’énergie comme chez Izipizi, passée du fret aérien au maritime et parvenue à réduire ses émissions carbone de 50 % par paire en quatre ans.

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Du géant Danone, en passant par Faguo, Izipizi, Jonak et les plus petites marques comme Ysé… Chacune des marques figurent dans les entreprises françaises à détenir la certification.

« La certification nous a permis de structurer ce que nous faisions déjà intuitivement. Aujourd’hui, notre travail porte notamment sur les matières recyclées : bouteilles plastiques transformées en textiles, exigences sociales renforcées dans toute la chaîne de valeur et amélioration continue de nos pratiques. » déclare Anaïs Barry, directrice marketing et communication de Faguo.

« La chaussure reste un produit difficile à recycler. Nous avons donc choisi de concentrer nos efforts sur sa durée de vie : réparation, entretien, partenariats avec des cordonniers et accompagnement des clientes. L’objectif est simple : prolonger l’usage plutôt que remplacer. » affirme Lisa Nakam, Jonak

©Jonak
©Ysé

« Nous avons réduit de 50 % nos émissions carbone par paire de lunettes en agissant sur nos deux principaux postes d’impact : le transport et les matériaux. Nous avons notamment remplacé le polycarbonate issu du pétrole par un matériau biosourcé à base d’huile de ricin, tout en améliorant la durabilité des produits. » énonce Philippine Mesmin, directeur marketing Izipizi

« Notre défi est le programme de seconde vie. Nous collectons maillots de bain, lingerie et prêt-à-porter auprès de nos clientes afin de les reconditionner, les réparer et les remettre en circulation lors d’événements dédiés. Une façon de prolonger la vie des produits tout en créant de nouveaux usages. » communique Celya Cirak, responsable RSE de Ysé

À travers ces initiatives très différentes,  un même fil se dessine : celui d’une entreprise qui travaille son impact dans sa globalité, du conseil d’administration jusqu’au dernier fournisseur.

Reste une question que peu de marques mettent en avant : la certification a un coût, et il n’est pas symbolique. Les frais varient selon le chiffre d’affaires de l’entreprise, de quelques centaines d’euros par an pour une TPE à plusieurs dizaines de milliers pour un grand groupe, sans compter les investissements nécessaires en interne (bilan carbone, audits, accompagnement…) B Corp est exigeant, et demande du financement. Le coût dépend de la taille de l’entreprise : environ 500€/an pour une TPE, plus de 50 000€ pour une grande entreprise. Les frais de soumission s’élèvent à 250€. À titre d’exemple, une entreprise au CA entre 0 et 5 millions d’euros paie 2500€ de frais de vérification puis 2000€ chaque année.

Cela pose une question : une entreprise doit-elle forcément être certifiée pour être réellement engagée ? De nombreuses marques mettent déjà en place de belles ambitions humaines ou environnementales sans avoir franchi le pas de la certification, parfois par manque de moyens, de ressources, de temps. Reste à savoir si, demain, ces labels deviendront la norme pour toutes les entreprises ou s’ils resteront un logo distinctif réservé à celles qui ont les ressources nécessaires pour les obtenir. Une chose est sûre : à l’heure où l’exigence se renforce plutôt que de s’assouplir, B Corp continue de prouver que la confiance, elle aussi, peut se certifier !

Pour plus d’infos rendez-vous sur bcorporation.fr