Maison Roz, vacances éternelles dans le Finistère Sud

À quelques kilomètres de Pont-Aven, les architectes Élodie Dumas et Augustin Decaux ont transformé leur maison de famille en un lieu où des prestations dignes d’un hôtel se mélangent à un esprit de vacances. De son écrin de verdure dominant le bras de mer, ce bijou d’architecture balnéaire invite à vivre au rythme des marées.

Par IERRE LESIEUR - PHOTOGRAPHIES : LUDIVINE LE CORNEC ET ADRIEN OZOUF

Acquise par son arrière-grand- père, puis habitée par son grand-père, la maison côtière d’Augustin Decaux renferme tous ses souvenirs d’enfance. Pourtant, cet architecte rennais n’avait jamais imaginé en devenir un jour l’heureux propriétaire. « On passait souvent devant, et Augustin se disait que ce serait génial de la racheter un jour à son oncle, raconte Élodie Dumas, sa compagne et associée. Mais ça semblait impossible, car elle était très convoitée par d’autres membres de la famille et par le voisinage. » Il faut dire qu’entre son domaine de trois hectares boisés et son impressionnante terrasse dominant l’Aven, son accès privilégié à l’eau d’un côté et au GR® 34 de l’autre, ce chalet de bord de mer à l’architecture typique de la fin du XIXe siècle s’inscrit dans un cadre enchanteur semblable à nul autre dans la région. Mais en plus de ses généreux volumes flanqués d’un adorable cabanon reproduisant ses modénatures de toit, la propriété dispose d’un dernier atout :

« La vue et la lumière sont à couper le souffle, c’est si beau qu’on est obligé de s’arrêter à chaque moment de la journée pour contempler le spectacle. On se sent ancré dans la nature, dans ce décor qui a inspiré l’École de peintres de Pont-Aven. » Habitués à concevoir des hôtels mais aussi des lieux de vie dans le cadre de leur agence d’architecture Wunder, Augustin et Élodie comprennent l’exceptionnel potentiel de cette demeure et décident de l’acquérir, non sans mal. « Ce fut long et semé d’embûches. Il a fallu se battre, mais on a tenu bon, car l’enjeu émotionnel était fort et parce qu’on savait ce que cette maison pourrait devenir. »

UNE MAISON-HÔTEL

Travaillant tous deux à Rennes, à 200 kilomètres de là, les architectes envisagent naturellement le bien comme une résidence secondaire. Mais plutôt que de la garder uniquement pour eux, ils décident d’en faire un lieu d’accueil, conscients qu’un tel endroit saura plaire à d’autres visiteurs. « C’était l’évidence d’en faire une maison à vivre par d’autres que nous. Pour soutenir financièrement le projet, mais aussi parce qu’on pouvait y mettre notre savoir-faire d’hôtellerie en répondant à certains impératifs d’exploitation : rien de trop fragile, des choses qui puissent se laver facilement, ainsi qu’une robinetterie, une literie et un appareillage électrique de qualité. Certains détails, comme la scénarisation de l’éclairage, sont directement inspirés des environnements professionnels. Même si on a mis aussi beaucoup de nous dans ce projet. » Habitée des années par l’oncle d’Augustin, marin pêcheur de profession, l’habitation, qui avait souffert d’un sérieux manque d’entretien, n’attendait qu’une chose : quatre mains expertes en gants de velours pour la remettre enfin au goût du jour. Sans toucher ni aux plans d’origine (hormis l’implantation d’une salle de bains par chambre et d’un petit vestibule d’entrée) ni à la façade (rénovée dans les règles de l’art en collaboration avec un architecte des Bâtiments de France), le couple va entièrement réinterpréter les espaces intérieurs pour réveiller cette belle endormie. Derrière le granit et les volets vert clair, chaque pièce offre à présent un subtil mélange entre hospitalité intuitive et haut de gamme, et atmosphère familiale et intimiste.

VISITE GUIDÉE
Bien que sa palette emprunte aux tons ocre et mordorés qui envahissent l’atmosphère à la tombée du jour, la maison est baptisée “Roz” en raison de sa proximité avec le port de Rosbras, situé en contrebas. « Ça peut aussi s’écrire RozBras en vieux breton, et on trouvait que la consonnance avec la couleur rose soulignait son côté maison de poupée. » Le logement étant bâti sur une légère pente, l’entrée se fait par le premier étage, où s’aménage une vaste pièce à vivre avec salle à manger, salon au coin du feu et cuisine autour d’un grand îlot central. Un espace décloisonné en son temps par le grand-père d’Augustin – architecte lui aussi – qui eut la bonne idée d’ajouter l’ample terrasse en porte-à- faux au-dessus de l’Aven dont le dessous lui servait à hiverner ses bateaux. « Ces espaces n’étaient pas habitables, donc il y a eu beaucoup de transformations à ce niveau. Et puisqu’il y avait déjà un volume creusé assez profondément, on a eu l’idée d’ajouter un bassin. On le fait souvent dans les hôtels, et ça nous semblait intéressant de reproduire un spa à petite échelle. »

Réservé au bien être, le rez-de-chaussée comprend aussi un sauna, un second salon suffisamment spacieux et modulable pour être transformé en salle de yoga, ainsi qu’une chambre (avec salle de bains) donnant sur l’Aven. Avec trois autres suites au deuxième étage ainsi qu’un dortoir et une salle de jeux au dernier, la maison totalise cinq chambres plus un studio aménagé dans l’adorable cabanon situé à quelques pas : « Il fait partie du paysage puisqu’on le voit de l’intérieur et vice versa. C’est petit, mais c’est tellement mignon que tout le monde veut y dormir. » Avec sa chambre en mezzanine où la fenêtre ronde compose un vrai tableau sur l’eau, cet ancien grenier à bois justifie à lui seul le séjour.

L’AMOUR DES DÉTAILS

La Maison Roz ayant été louée dès l’été 2025, Augustin et Elodie ont dû mettre les bouchées doubles pour peaufiner son aménagement au cours du mois de juin. « On a beaucoup pioché dans la palette naturelle environnante, cette golden hour permanente où l’eau prend des couleurs rousses. Et on a voulu jouer avec ses reflets grâce à des lambris en miroir placés à des endroits stratégiques comme le haut de la cheminée ou le dessus de la baignoire. » Pour le mobilier, le couple mélange des chaises et des tabourets issus du folklore breton à des pièces design comme une bibliothèque USM ou des luminaires par Charlotte Perriand. Le tout saupoudré de tableaux de peintres locaux, de faïences Normandy Ceramics, de tissus Dedar et de papiers peints Antoinette Poisson. « On a fait beaucoup de brocantes et rencontré des gens qui nous ont raconté l’histoire de chaque meuble. On est vraiment contents du résultat, car la maison reste très solaire en toute saison, avec ces tons ocre, jaunes et fauves si enveloppants, et cet accès à l’eau si privilégié où tout peut se faire en bateau. » Remonter jusqu’à Pont-Aven ou descendre jusqu’à la mer ? Une question épineuse à laquelle seuls les heureux visiteurs de la Maison Roz auront le privilège de répondre.

MAISON ROZ
38, rue des Voiliers 29340 Riec-sur-Bélon

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