Artisanat : les totem peints de Shirley Villavicencio Pizango

Artiste belgo-péruvienne, Shirley Villavicencio Pizango (Shurleey) a récemment collaboré avec Serax pour composer une collection de vases peints à la main. Même trait spontané et un peu naïf, mêmes couleurs franches : l’artiste offre ici une puissante mise en abyme et en volume des portraits, motifs et teintes caractéristiques de ses tableaux. L’occasion rêvée de la rencontrer et de plonger dans son univers.

Par Marie Mersier – Photographies : Elias Derboven

Shirley, quel est votre parcours personnel et artistique ?
Je suis née en 1988 à Lima, la capitale du Pérou, et j’ai grandi entre cette ville et Santiago de Borja, un village de l’Amazonie péruvienne. À 18 ans, je me suis installée à Gand, en Belgique, où mon père vivait déjà. Un an plus tard, j’ai rencontré ma famille d’accueil et, grâce à elle, j’ai enfin pu me consacrer à ma passion : l’art. Depuis mes 12 ans, l’envie de devenir peintre ne m’a jamais quittée, même si j’ai réellement commencé à peindre durant mes études. Je ne me suis plus arrêtée depuis, mais je dois dire que mon parcours artistique a été très organique. Après mon master à KASK (l’Académie royale des beaux- arts de Gand), j’ai cherché un atelier d’artiste. J’y ai exploré de nombreuses techniques, notamment la céramique, et c’est ainsi que j’ai été repérée par ma première galerie. J’ai ensuite présenté diverses expositions dans des foires, des musées et d’autres institutions.

Comment s’entremêlent votre vie et votre œuvre ?
Les deux sont intimement liés : ce qui fait partie de ma vie vit aussi à travers ma peinture. Dans mes tableaux, je représente des personnes qui me sont chères (amis ou famille), entourées d’objets significatifs de mon atelier : des vases, ou encore des trouvailles de voyage qui ponctuent mes portraits ou composent mes natures mortes. Ma peinture traduit également une forte influence des lieux où j’ai vécu. Le Pérou est très présent, à travers les couleurs de la végétation amazonienne ou les gris de la capitale péruvienne, souvent surnommée “Lima la grise”. Quant à la Belgique, j’y ai puisé une influence linguistique : les titres de mes tableaux révèlent ce qui se cache derrière, ils délivrent un message. J’essaie de créer mon propre langage pictural – riche, spontané et libre.

Quel est votre processus créatif ?
Ce processus s’inscrit dans mon atelier, où les gens viennent poser. C’est un lieu vivant, rempli de plantes, de vases, de meubles en rotin, d’objets glanés au fil du temps, ainsi que de ma collection de masques provenant de différents pays (Burkina Faso, Congo, Pérou, Thaïlande, etc.). Je travaille aussi d’après des scènes photographiées avec un appareil argentique, ou simplement avec mon téléphone. D’un point de vue plus technique, je n’utilise pas de perspective dans mes tableaux. Mes œuvres conservent ainsi une certaine naïveté, une spontanéité presque ludique. Cette même spontanéité se retrouve dans mon utilisation des couleurs, que j’aime mélanger directement sur la toile. Je joue avec elles de manière très intuitive, surtout lorsque je peins les carnations.

Pouvez-vous nous parler de Santiago de Borja, votre récente collaboration avec Serax ?
Santiago de Borja est une collection exclusive de céramiques que j’ai imaginées pour Serax, puis peintes à la main. La céramique occupe une place essentielle dans ma peinture, et cette série de vases m’a permis de lui donner une nouvelle dimension. Créer des formes fonctionnelles a été un véritable défi, mais grâce à Serax et à son équipe, j’y suis parvenue. J’ai adoré cette aventure : je crois que les artistes doivent explorer de nombreuses pistes et techniques, et se réinventer par l’expérimentation.

Cette collection, c’est aussi une évocation de votre enfance et du Pérou ?
Oui, cette série d’objets porte le nom d’un petit village au cœur de l’Amazonie péruvienne où j’ai passé une partie de mon enfance. La plupart des membres de ma famille maternelle y vivent et travaillent dans les plantations de cacao. Là-bas, la lumière est différente ; le soleil est si proche ! On y sent l’herbe fraîche après la pluie… Quant au design des pièces, je recherchais des formes qui reflètent l’essence du Pérou. Celles-ci s’inspirent donc de la culture pré-inca et peuvent par exemple faire penser aux lignes de Nazca (situés au sud du Pérou, ces grands dessins tracés dans le sol et uniquement visibles depuis le ciel représentent des formes graphiques et animales. Ils auraient été réalisés par le peuple nazca entre l’an -500 et l’an 500 de notre ère, NDLR). Ensuite, j’ai pensé aux objets du quotidien qui sont importants pour ma famille. Au Pérou, la nature est luxuriante, et nous avons tellement de fruits ! J’ai donc imaginé un porte-fruits, ainsi qu’une carafe pour accompagner les belles journées ensoleillées avec une boisson
rafraîchissante.

Quel rôle jouent les voyages dans votre vie et votre créativité ?
Un rôle inspirant. J’aime découvrir d’autres cultures. Je me dis souvent que nous sommes justement comme des vases : des réceptacles de culture, de traditions et de souvenirs. Quand je voyage, je recherche des céramiques ou des masques. C’est pour moi la meilleure façon d’apprendre sur une culture.

Vous faites partie d’une nouvelle génération d’artistes femmes à l’avant- garde de la scène artistique. Quelle est votre vision de cette nouvelle ère artistique ?
J’adore ! C’est enfin le moment pour les femmes. Après tout, les hommes ont longtemps monopolisé l’attention ; maintenant, c’est notre tour. J’apprécie vraiment de voir des artistes femmes qui n’ont plus besoin d’autorisation pour aller aux Beaux-Arts comme avant. Des femmes libres de faire ce qu’elles veulent. Bien sûr, il y a des endroits où ce n’est pas possible, j’en suis consciente, et je réalise à quel point nous sommes privilégiées de pouvoir choisir notre voie.

Avez-vous des expositions ou d’autres projets à venir dont vous aimeriez parler ?
Oui, j’ai une exposition personnelle à la galerie Sofie Van de Velde en juin 2026. Je participerai également à Art Antwerp et à la Brafa, et je réaliserai une installation artistique sur un terrain de golf. Par ailleurs, je travaille sur un nouveau livre que j’attends avec impatience ; sa sortie est prévue pour juin 2026. Mon précédent livre est épuisé depuis un certain temps, il est  donc temps de raconter une nouvelle histoire.

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@shurleey
@serax_official

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