Leith, la marque artisanale qui réinvente l’art du Pojagi

Originaire du sud de la France, Fiona a lancé sa marque artisanale de textile grâce à une technique ancestrale de couture coréenne, appelée Pojagi. Ou quand le textile d’intérieur devient de l’art, à part entière. Rencontre.

Par Margaux Steinmyller - photos : Olivia Thébaut

Le Pojagi (ou bojagi) est une technique traditionnelle de couture, qui existe depuis une millénaire en Corée ! Ce format de patchwork issu de chutes de tissus était à l’origine utilisé pour envelopper des objets précieux, délimiter des pièces dans la maison ou encore recouvrir le petit mobilier pour le protéger de la poussière. Cet art ancestral aux tissus colorés (et au « Samsol », ces marges superposées reconnaissables entre mille) et un moyen sûr d’égayer son intérieur et de faire des ses rideaux (ou coussins, plaids et autres accessoires textiles) de véritables pièces maîtresses, uniques !
Diplômée dans le domaine du design, Fiona est directrice artistique (passée par des agences comme Publicis). Après 10 ans à Paris, elle revient vivre dans son sud natal, pour une vie plus simple et plus ancrée. Douée de ses mains, c’est pendant son congé maternité qu’elle découvre le Pojagi et se confectionne ses premiers rideaux, avant de développer sa marque d’artisanat (aperçue notamment dans la jolie maison d’Olivia Thébaut dans le Médoc). Elle raconte.

Qu’est-ce que l’art du Pojagi et en quoi se différencie-t-il d’autres techniques de broderie ou de patchwork ?
Le Pojagi est un art textile coréen millénaire qui sublime la transparence et joue avec la lumière pour créer des pièces textiles d’une grande poésie. Ses finitions entièrement faites à la main apportent une sensibilité unique : chaque assemblage exprime un mélange d’émotion, d’impermanence et de chaleur humaine. Les variations de tissus, de densité et de poids offrent des possibilités infinies. Cette technique contrairement à certaines autres, trouve sa différence dans son esthétique plus libre et spontanée.

Pourquoi avoir lancé Leith ?
Le déclic est venu pendant mon congé maternité avec la découverte du pojagi – c’est à ce moment-là que j’ai cousu mes premiers rideaux, juste pour habiller notre intérieur. Et ce projet personnel a pris rapidement une autre dimension, car mes proches, séduits par cette création, m’ont encouragée à en réaliser d’autres et m’ont même passé commande ! Cet enthousiasme m’a donné envie d’aller plus loin et d’en faire profiter encore plus de monde. Le nom « Leith » vient tout simplement des prénoms de mes enfants, Léon et Judith. C’est un clin d’œil pour eux, car c’est la maternité qui m’a offert cette parenthèse créative et conduite sur ce chemin.

Où sources-tu le textile ?
J’utilise principalement du lin et du ramie, disponibles en différentes densités et couleurs, ce qui permet de jouer sur les contrastes et la transparence. Mon travail repose beaucoup sur la couleur : j’ai souvent une idée très précise en tête et je cherche donc mes tissus dans des sources variées. Je privilégie cependant des textiles labellisés écologiques et produits en France ou en Europe.Nous avons de la chance, près de 80 % de la production mondiale de lin est française !

D’où te viennent tes talents manuels ?
Depuis l’enfance, j’ai toujours aimé fabriquer. Je passais mes vacances à créer, entre les aiguilles à tricoter de ma grand-mère et les outils de bricolage de mon grand-père. Adulte, le bricolage, le dessin, le tricot ou la couture ont toujours fait partie de mon quotidien, avec une (longue) liste de projets en attente sur un coin de mon bureau ! Fabriquer et concevoir, c’est pour moi un moment de calme, une parenthèse dans le tumulte de la vie. Les heures s’écoulent sans que je les voie passer.

Quelles sont tes inspirations créatives ?
Je m’inspire de tout ce qui m’entoure. La nature, les paysages, je suis une passionnée de plantes et de fleurs. Je trouve aussi de l’inspiration dans les musées, les expositions, l’architecture, la scénographie de spectacles, les perspectives de rues, l’architecture … Cette année, j’ai été particulièrement émue par l’exposition d’Olga de Amaral, dont le travail allie force et délicatesse. Le livre « Je dors, je travaille” consacré à Valentine Schlegel, m’inspire également beaucoup par ses formes organiques. Je garde aussi une grande collection de captures d’écran : par exemple, le décor du défilé Proenza Schouler où les mannequins déambulaient entre de grands pans de tissus aux couleurs vives.

Quel est ton processus créatif ?
Le pojagi demande du temps, en raison de son aspect manuel très minutieux. Mais avant même d’entrer dans la couture, il y a tout un travail préparatoire.Pour une commande, je commence par échanger afin de comprendre les envies et l’espace où la pièce sera installée. Je fais des croquis, puis je passe par l’ordinateur, qui m’aide à travailler proportions et dimensions. Je propose différentes pistes, nous échangeons et lorsque tout est validé, je passe à la réalisation : couper, assembler, coudre…Le moment le plus fort reste toujours celui où la pièce prend place dans son nouvel univers : un peu de moi, ailleurs.

Chaque pièce est-elle unique ou réalises-tu de petites séries ?
Chaque commande est unique, mais lorsque je travaille sur des petites séries, je travaille autour d’un thème. Certaines étaient très colorées et denses, d’autres avec des couleurs plus naturelles avec de grands motifs épurés. En ce moment, je travaille sur une nouvelle série qui m’enthousiasme beaucoup : des gammes autour d’une même couleur, avec des formes plus organiques.

Après les rideaux, quelles pièces aimerais-tu créer ?
La liste est longue ! J’ai déjà réalisé des coussins, des assises de chaise, des couvertures, des porte et paravents… J’aimerais développer des dessus-de-lit ou encore des tentures murales. Mais je garde une affection particulière pour les rideaux, car ils révèlent de nouvelles nuances au fil de la journée selon la lumière.

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