Mannequin le lundi, en cuisine le mardi et directrice artistique le mercredi (je reprends ta bio sur Instagram) : peux-tu nous raconter le parcours qui t’a menée à toutes ces activités ?
Je suis complètement autodidacte. Après un bac scientifique, j’ai tenté d’entrer dans des écoles d’art, mais au vu de mes notes vraiment pas terribles, cela n’a pas abouti. En revanche, grâce à ma mère qui m’a transmis le goût du dessin, j’ai dessiné très tôt, notamment des objets. Je suis fan de déco et, allez savoir pourquoi – peut-être parce que cela apporte de la lumière –, j’adore les lampes. À 21 ans, j’ai dessiné et réalisé mon premier prototype de lampe en béton, postulé à la Paris Design Week et été sélectionnée. C’est à ce moment-là que je me suis installée une première fois à Paris, avant d’y revenir définitivement en 2019 lorsque j’ai rencontré mon mari. Depuis, je développe un travail de designer d’objets en autoédition et en séries limitées. Entre-temps, j’ai aussi commencé le mannequinat à travers des shootings photo. Quant à la cuisine, elle fait partie de ma vie depuis longtemps, un peu comme le dessin.
C’est également lié à un membre de ta famille ?
Oui ! Enfant, j’ai passé beaucoup de temps avec un oncle restaurateur et chef cuisinier. Chaque week-end, avec l’une de mes cousines, on apprenait à cuisiner librement, car il nous laissait expérimenter. Résultat : à 12 ans, je savais déjà préparer des gâteaux et des plats mijotés. J’ai aussi une grande famille et, chez nous, tout le monde cuisine ; c’est même un rituel de se retrouver en cuisine. Mon oncle excelle plutôt dans la cuisine traditionnelle française, tandis que mes parents, d’origine espagnole et pied-noir, m’ont transmis un autre héritage avec des recettes comme la frita, plat emblématique de la cuisine pied-noir, et bien sûr la paëlla. Dans ma famille, la recette de la paëlla se transmettait d’homme en homme. Un jour, mon père a voulu casser les codes et me l’a confiée. Je suis ainsi devenue la première femme à connaître cette recette secrète.
Aujourd’hui, tu partages des recettes, mais tu fais aussi des scénographies culinaires. Comment ces projets s’articulent-ils ?
Lors des week-ends entre amis, j’étais toujours celle qui cuisinait. Ce sont donc eux qui, au départ, m’ont encouragée à montrer ce que je savais faire en cuisine et à l’associer à ma pratique du design. Cela s’est d’abord traduit par des scénographies de buffets ou, en 2023, lors du lancement de ma nouvelle collection de lampes en bois : j’avais sculpté du pain, du beurre et du chocolat en forme de lampe. Désormais, je crée du contenu culinaire pour des marques et j’interviens de plus en plus en tant que food stylist et set designer sur des shootings mode ou lifestyle. Je suis un peu hyperactive, donc en parallèle, je travaille aussi sur un projet de design autour de petits objets d’art de la table.
Qu’il s’agisse d’objets ou de recettes, quel est ton process de création et quelles sont tes inspirations ?
Je fonctionne beaucoup à l’instinct et, bien sûr, je me nourris de ce que je vois et de ce que je ressens. Pour les objets, j’ai des influences essentiellement cubistes : j’aime les figures géométriques, des architectures comme La Muralla Roja ou le Walden 7 de l’architecte espagnol Ricardo Bofill. Mes souvenirs occupent aussi une place importante : derrière chaque objet que je dessine, il y a toujours une histoire, quelque chose qui m’anime et que j’ai envie de partager. En cuisine, le processus de création est assez similaire. Je commence par visualiser à quoi la recette peut ressembler, puis j’assemble les goûts, souvent liés à la cuisine que je mangeais enfant à la maison. Je suis aussi très inspirée par le chef étoilé argentin Mauro Colagreco ou par la food artist Laila Gohar. Ce qu’elle crée incarne, selon moi, la parfaite fusion entre le beau et le bon.
As-tu une spécialité ?
Je manie très bien les pâtes levées : brioche, pâte à bao, focaccia… et je fais souvent des babkas.
Quels sont tes indispensables en cuisine ?
Sans hésiter : l’huile d’olive. C’est terrible, j’en consomme des quantités hallucinantes. J’ai un peu la main lourde et j’en mets partout, même dans les desserts. Dans les gâteaux ou une mousse au chocolat, c’est délicieux. J’aime aussi l’utiliser dans les pâtes à brioche sucrées, ce qui me rappelle la pompe à huile, l’un des treize desserts traditionnels de Noël en Provence. Pour en avoir toujours de bonne qualité à portée de main, je rapporte des bidons de 3 litres achetés juste à côté de la maison familiale, au moulin Margier (domainelamichelle.com).
As-tu d’autres bonnes adresses à nous confier ?
À Saint-Mandé, où je vis, j’adore la boulangerie Perlimpainpain, qui confectionne uniquement des pains au levain avec des farines françaises. À Paris, je recommande également Taka & Vermo, une superbe fromagerie qui se situe rue du Faubourg-Saint- Denis, ainsi que Irasshai, une épicerie japonaise où je vais régulièrement pour acheter du miso blanc et des chips d’algues nori. Enfin, dans le 11e arron- dissement, j’ai récemment découvert le bistrot Patine et sa formule déjeuner, délicieuse et abordable.
J’imagine que tu as des semaines bien chargées ; comment manges-tu au quotidien ?
Je travaille souvent de chez moi, donc la plupart du temps je cuisine midi et soir, même si je suis seule. En ce moment, j’ai un faible pour les œufs ; c’est tout de même formidable, tout ce qu’ils permettent de faire. Sinon, je me fais beaucoup de tartines avec des sardines ! L’influence du Sud, toujours et encore, jusque dans la harissa que l’on consommait quasi quotidiennement et que je ne peux pas m’empêcher d’utiliser. Je n’aime pas les plats “plats”, j’aime qu’ils soient relevés avec une pointe de piquant ou d’acidité. Par exemple, un trait de vinaigre de cidre dans une purée, c’est trop bon.
Si tu devais organiser le dîner de tes rêves, qui inviterais-tu et que cuisinerais-tu ?
J’avoue, j’organiserais bien un rendez- vous entre mes deux grands-mères et Pierre Gagnaire, dans un restaurant au milieu de la garrigue. Les deux le méritent, et Pierre Gagnaire… il est pas mal, non ? J’ai toujours un peu rêvé qu’il soit mon grand-père. Mais du coup, pression en cuisine : je partirais sur quelque chose de simple mais tendre, un bon plat mijoté et réconfortant, comme un rôti d’agneau cuit au four à basse température. Et en dessert, une crème glacée chocolat-piment.
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