Coup de coeur : Tomète, la marque de linge de table par Maud Balagna

Tomète est née d’un bouleversement. En 2022, après un problème de santé, Maud Balagna revoit ses priorités et interroge sa manière d’habiter le temps. Naît alors une marque pensée comme une réponse plus juste et plus consciente. La table devient alors centrale, à travers un vestiaire chic et coloré, où l’attention portée aux détails traduit une certaine idée de l’hospitalité.

Par Mélanie Vassart, photographes: Jessica Dombre, Clément Stalhberger, Karla Vinter Koch et Clémentine Belhomme

Tomète est née autour de la table. Pourquoi était-ce si évident pour toi de commencer par là?
J’ai grandi dans une famille où la gastronomie et l’art de recevoir occupaient une place centrale. Si je ne me suis jamais vraiment illustrée derrière les fourneaux, j’ai toujours pris beaucoup de plaisir à dresser une table, à penser les détails, l’harmonie, l’atmosphère.

Sur tes pièces, il y a toujours un détail emblématique: le feston. Quelles ont été tes sources d’inspiration ?
Le feston s’est imposé très naturellement. C’est un ornement ancien que l’on retrouve aussi bien dans l’architecture que dans le textile. Il incarne pour moi une forme de féminité élégante, légèrement nostalgique. Alors
qu’il est omniprésent dans le linge ancien français, il avait quasiment disparu du linge de maison contemporain. J’ai donc souhaité le réinterpréter à travers une écriture plus moderne et intemporelle, en jouant sur la pureté des lignes et les couleurs.

En effet, tu accordes aussi une place centrale à la couleur…
J’ai une approche très instinctive de la couleur, assez peu académique. Elle est avant tout guidée par l’émotion plutôt que par des règles ou des tendances. Certaines palettes font évidemment écho aux saisons ou à une humeur du moment, mais je cherche surtout à créer des associations qui traversent le temps. J’aime les teintes qui dialoguent entre elles, mais aussi l’intemporalité permettant de composer sa table librement, en mélangeant les collections, sans jamais se lasser.

Le lin est au coeur de ta collection de linge de table. Qu’est-ce que cette matière raconte selon toi?
J’utilise personnellement le lin depuis de nombreuses années, mais ce n’est qu’au moment de créer Tomète que j’ai vraiment pris le temps de m’interroger sur cette matière. Au-delà de ses vertus techniques et environnementales, le lin possède aussi une beauté très singulière à table. Il vit, se patine avec le temps, gagne en souplesse et en caractère. Il raconte aussi une forme de simplicité et de bon sens : l’idée qu’il n’est pas toujours nécessaire d’aller chercher loin pour créer, mais qu’il suffit parfois de regarder juste autour de nous.

Tu fais produire en France et au Portugal. En quoi cette proximité est-elle indissociable de tes valeurs?
Dès les prémices, il m’a semblé essentiel d’ancrer le projet dans une logique d’éco-responsabilité et de bon sens. C’est un principe sur lequel nous ne transigeons pas. Produire en France et au Portugal, c’est bien sûr limiter l’empreinte écologique, mais c’est aussi faire le choix de la proximité, du dialogue et de la confiance avec nos ateliers. Cette relation directe permet de préserver des savoir-faire précieux, de soutenir la vitalité du tissu économique local et de garantir des conditions de travail conformes aux normes européennes.

Que penses-tu qu’une table bien dressée révèle de celui qui reçoit?
C’est une façon d’accueillir, de dire à ses invités qu’ils comptent. La table devient un véritable geste d’attention, au même titre que les plats que l’on prend le temps de préparer. Pour moi, c’est une marque de générosité discrète mais très forte, qui fait pleinement partie de l’art de recevoir. Et d’ailleurs, cette attention ne passe pas nécessairement par une table sophistiquée ou spectaculaire!

Penses-tu que les arts de la table s’apprennent, ou se transmettent de manière plus intuitive?
Il existe une véritable culture de la table faite de codes précis, mais il y a aussi une part beaucoup plus inconsciente et intuitive. Dans mon cas, j’ai beaucoup reçu de ma mère, qui avait à coeur de nous apprendre à dresser la table selon les codes dont elle-même avait hérités. Aujourd’hui encore, je me surprends à reproduire certains réflexes sans y penser, simplement parce qu’ils font partie de ma mémoire affective.

Le linge de table est souvent celui que l’on garde le plus longtemps. Pourquoi crée-t-il, selon toi, un attachement si particulier?
C’est tout à fait vrai; je crois que c’est parce qu’il est intimement lié aux moments que l’on partage avec lui. J’en ai pris pleinement conscience récemment, au moment du décès de ma grand-mère, que j’aimais profondément et qui nous a régalés pendant des années. Lorsque nous avons dû trier ses affaires, mettre ses nappes et ses serviettes dans des cartons a été un moment particulièrement émouvant. C’est aussi pour cela qu’il me semble essentiel d’investir dans de belles pièces de linge de table parce qu’elles ont vocation à traverser le temps, à accompagner la vie familiale et à devenir, à leur tour, les témoins de nouveaux souvenirs.

Qu’aimerais-tu transmettre à travers Tomète, au-delà des objets eux-mêmes?
Une certaine idée du temps et du lien. Tomète est une invitation à se réunir, à ralentir et à redonner de la valeur aux moments partagés, à ces instants simples du quotidien qui, mis bout à bout, constituent finalement l’essentiel.

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