Vous consacrer à la teinture végétale a été un véritable virage dans votre vie. Pouvez-vous revenir sur cette reconversion ?
J’ai découvert la teinture végétale en autodidacte dans mon petit appartement parisien pendant le confinement. À l’époque, je travaillais dans le marketing. Je pratiquais des activités manuelles comme un loisir, sans imaginer que cela pourrait un jour occuper une place centrale dans ma vie. Cette période suspendue a réveillé en moi un besoin profond de créer. J’ai commencé à teindre avec ce que j’avais dans ma cuisine : du riz noir, des peaux d’oignon… Les couleurs, la transformation de la matière, l’attente du résultat : tout ce processus m’a fascinée. C’est alors qu’est née l’envie du grand saut : quitter Paris, poser mes valises à Marseille et me plonger dans l’apprentissage de la teinture végétale chez Couleur Garance.
Comment le projet a-t-il évolué jusqu’à devenir ce qu’il est aujourd’hui ?
Le projet actuel, qui porte mon nom et que je mène seule, a pris forme alors que je confectionnais des patchworks pour des décors de shooting. On m’a proposé une exposition à Paris, avant que d’autres demandes pour confectionner de nouveaux patchworks ne suivent. Peu à peu, j’ai compris que ce que je voulais construire se situait à la croisée du design, de l’artisanat et de la création artistique. J’ai intégré l’Atelier Materia à Marseille, que je partage encore aujourd’hui avec d’autres créatrices. Après les patchworks, les lampes sont entrées dans mon univers lorsque la marque Sessùn m’a proposé une collaboration autour de sa lampe Ezia. J’ai également réalisé une série de lampes de chevet à partir de pieds chinés pour l’hôtel Amista à Marseille, en collaboration avec Dorothée Delaye. Je crée aussi des rideaux, toujours avec la technique coréenne du bojagi, qui consiste à assembler des carrés de tissus colorés pour former des compositions uniques. Le pliage et la couture suivent une méthode très précise qui permet un rendu réversible, comme une double lecture du textile.
Avez-vous d’autres projets, envies, idées en cours ?
Oui, plusieurs. J’ai commencé à confectionner des prototypes de fleurs en tissu. Ce que j’adore dans le travail avec les fleurs, c’est de les relier à leur symbolique. Quand on est dans la création comme moi, il faut sans cesse trouver un équilibre entre ce qui permet de vivre et ce qui nourrit vraiment le travail : la recherche, l’expérimentation, les projets plus libres… En ce moment, je travaille aussi sur une série de “tableaux-formes” réalisés à partir de patchworks de tissus, parfois mêlés à de la peinture. Je les appelle « mes pensées ». Quand j’étais petite, j’avais du mal à dormir et j’écrivais mes pensées dans un carnet. Aujourd’hui, lorsque j’ai trop de choses dans ma tête, ce sont des formes que je trace. J’aimerais beaucoup développer cette série à plus grande échelle.
Parlez-nous de votre processus de fabrication.
Je pars toujours de draps anciens que je chine dans la région, en lin ou en métis lin-coton, laissés volontairement bruts. Je les colore ensuite dans mon atelier où je réalise moi-même toutes les étapes de la teinture végétale. Ma palette est très instinctive. Je travaille à partir de plantes couramment utilisées en teinture végétale comme l’acacia, la garance ou la chlorophylle. J’explore aussi de nouvelles nuances avec de l’oignon associé au fer ou encore du bois de campêche. Mon processus suit plusieurs étapes : le nettoyage du tissu, le mordançage pour fixer la couleur, la décoction des plantes, puis la teinture elle-même, réalisée à la main ou parfois
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