« Ma mère est essentielle dans ce projet. C’est le début de tout », raconte Jade, 30 ans, qui gère avec son compagnon Rudy cette maison du bonheur depuis six ans. L’histoire commence bien avant l’ouverture de Casa Tudo Bem. En 2004, ses parents achètent cette ferme portugaise. La famille, native de l’Hexagone, vit dans le pays depuis quelques années. La maison devait alors devenir leur résidence principale. Mais la vie déplace leur avancée : un retour en France deux ans plus tard met en pause le projet. La bâtisse reste en l’état pendant plusieurs années. C’est en 2012 que la mère de Jade décide de lui redonner vie. Elle entreprend une rénovation respectueuse de l’âme du lieu : « La maison est une ancienne ferme familiale. Une bonne partie des habitants du village y travaillaient. On y cultivait le grain, les poires et le vin. On retrouve d’ailleurs dans les pierres et les sols toutes les traces du passé. Ma maman a parfaitement su les conserver et les intégrer à un décor plus moderne. Le poulailler est devenu sa chambre et le puits est resté au milieu du salon. » Pendant plusieurs années, la ferme devient une maison de vacances familiale, patiemment façonnée. Avant que l’histoire prenne un nouveau tournant.
« C’est une maison dont on tombe amoureux » Après des études de tourisme et plusieurs voyages, Jade et Rudy ressentent le besoin de créer leur propre histoire. « Je savais que je voulais travailler dans l’accueil. J’aime les gens et j’aime profondément prendre soin d’eux. » En 2020, ils soumettent l’idée de transformer la maison familiale en chambre d’hôtes. Ils ont alors 24 et 27 ans et troquent leur van en Nouvelle-Zélande pour la maison de famille de 750 mètres carrés au Portugal. Derrière la douceur apparente du lieu se cache une réalité bien plus dense : jardinage, ménage, cuisine, gestion des réservations, communication, comptabilité… « C’est un métier qui en englobe dix et un défi pour notre couple ! » Poussés par une énergie folle, ils s’installent au cœur de la maison.
Au plus près des envies et des besoins de leurs invités, ils apprennent et affinent leur savoir faire avec l’envie de proposer un lieu alliant hospitalité et liberté. Car là est la signature de Casa Tudo Bem : un lieu où l’on se sent chez soi, libre de préserver son intimité ou de se laisser porter par la vie de la maison, dans les espaces partagés où les voyageurs se rencontrent. Pour Jade et Rudy, ressentir les besoins de leurs invités est au cœur de leur mission : « Certains voyageurs recherchent la tranquillité d’une maison ouverte, d’autres apprécient les moments ensemble, autour d’un dîner improvisé. Nous nous adaptons au ressenti de chacun. On a ce moteur commun avec Rudy d’aimer les gens. Et cette flamme grandit chaque jour. » Regarder le couple travailler, c’est observer à quel point chaque geste est pensé dans le détail, avec un sens inné de l’humain. Les journées commencent par un petit déjeuner préparé avec soin : fruits frais, granola maison, confitures, yaourts, jus pressés.
« La nourriture est essentielle pour se sentir bien. On choisit toujours des produits frais et locaux, quand c’est possible. » La maison vit aussi au rythme des petites attentions. Jade chine régulièrement de la vaisselle ou des objets pour composer des tables différentes selon les saisons. Partout, la collection de jarres anciennes de sa maman tisse un fil. Dans le jardin, les plantes racontent une histoire familiale : « Il y a le cactus que nous avons offerts à la mère à l’entrée de la maison, et les aéoniums noirs qu’elle adore. » Les anciens du village, qui travaillaient autrefois dans la ferme, passent parfois devant la maison. Jade les invite à entrer. « Ma mère me confiait qu’un jour, l’un d’eux a regardé autour de lui et a dit : “C’est comme avant… mais en beau.” »
Au fil des saisons, Casa Tudo Bem est devenue un lieu où l’on vient ralentir, lire sur une terrasse, partager un dîner, profiter de l’océan tout proche. Mais pour Jade, la maison reste avant tout un lieu de filiation. « Partout où je pose les yeux, je vois le travail de ma mère et je ressens sa touche. Elle a mis toute son énergie et son âme dans cette maison. » Aujourd’hui, l’histoire s’agrandit ailleurs. Cet été, Jade s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre. Avec Rudy et ses parents, elle prépare l’ouverture d’une seconde Casa Tudo Bem en Provence, dans une grande ferme du XVIIIe siècle située près de L’Isle sur-la-Sorgue. Un projet d’une tout autre ampleur, pensé dès son origine comme une aventure familiale. « Cette fois, nous allons vraiment travailler tous ensemble. Chacun peut trouver sa place. » La propriété, qui s’étend sur plus de 2 500 mètres carrés, pourra accueillir une trentaine de personnes.
Une partie fonctionnera comme une maison d’hôtes, dans la continuité de l’expérience portugaise. Une autre sera organisée en gîtes, pensés pour les familles. Autour, des granges laissent déjà entrevoir les évolutions à venir. Au cœur du projet, la relation entre Jade et sa mère se redessine. Là où la maison portugaise était d’abord le fruit du regard maternel, la nouvelle Casa Tudo Bem se construit à quatre mains. « Au Portugal, j’ai appris en vivant dans la maison qu’elle avait imaginée. J’ai compris sa manière de penser les lieux, l’accueil, les détails. Aujourd’hui, nous travaillons ensemble, chacune se nourrissant pleinement de l’autre. On se complète beaucoup. Ma mère nous apprend énormément sur l’esthétique et l’âme des lieux et nous lui transmettons ce que nous avons appris sur le métier, mais aussi notre vision du voyage. »
Pour Jade, il ne s’agit pas de reproduire Casa Tudo Bem à l’identique : « Au Portugal, la maison est profondément portugaise. En France, elle sera provençale. Nous travaillons avec des matériaux locaux et des artisans de la région. » Le lien entre les deux lieux sera plus subtil : un esprit, une manière d’accueillir, quelques touches venues d’ailleurs et des souvenirs du Portugal. « L’idée reste la même : accueillir les gens comme s’ils arrivaient dans une maison de vacances familiale. » Si Jade et Rudy restent intimement connectés à Óbidos, ils ont choisi de confier les murs de la maison à un couple de confiance : « Nous voulions un duo qui comprenne vraiment l’esprit de la maison. » Entre l’Atlantique portugais et les collines du Sud, Casa Tudo Bem devient ainsi bien plus qu’une adresse : une façon d’habiter les lieux et de partager un art de vivre qui se transmet, et se partage.
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