Intérieur : un appartement parisien des années 1970 revisité pour y vivre en famille

Tout repenser sans pour autant éclipser le passé : c’est le projet qu’a mené l’architecte Inès Carré pour réinventer un appartement des années 1970 et y vivre en famille. Décloisonné et structuré par le sur- mesure, le lieu mêle bois, teintes neutres et clins d’œil subtils à son époque d’origine. Niché au 10e étage d’un immeuble avec vue sur le Sacré-Cœur, il accompagne un quotidien vivant où chacun s’approprie son espace, et où l’intérieur et l’extérieur ne font presque qu’un.

Par Marie Mersier – Photographies : Jeanne Perrotte

Une architecture de l’intime

Sensible aux détails et aux matières, Inès Carré privilégie une architecture tournée vers la petite échelle et les espaces intérieurs ; un regard qu’elle a affiné au fil de son parcours, d’abord lors de ses études à l’École spéciale d’architecture, puis en agence – chez Christian de Portzamparc et Antonio Virga – avant de passer cinq ans chez Dior Homme comme visual merchandiser designer. Après avoir commencé par rénover ses propres appartements, puis ceux de proches, Inès fonde son agence à l’été 2019. Si aujourd’hui son activité l’amène parfois à concevoir des boutiques ou des hôtels – comme la boutique Bourgine, dans le 6e arrondissement de Paris –, elle transforme avant tout des lieux de vie. Plus que d’imposer un style, son approche relève de l’accompagnement. « Il y a une dimension très intime dans le travail d’architecte, car nous sommes chez les gens, dans leur sphère privée. Souvent, ils ont déjà des idées très intéressantes. Je considère que ma mission est de les écouter, de valoriser leur univers, sans rien forcer. J’aime m’adapter aux personnes, respecter leurs habitudes et leurs envies. »

Décloisonner pour réinventer

Écouter les personnes autant que les lieux, et les faire évoluer sans tout effacer : c’est dans cet esprit qu’Inès a rénové cet appartement des années 1970, situé au sommet d’un immeuble du 18e arrondissement, pour y vivre en famille. Après un détour par le 10e arrondissement, Inès et son mari Ambroise ont eu envie de retrouver leur quartier de prédilection et découvrent cet appartement par hasard. « On est tombés sur une annonce du Bon Coin. Les photos étaient peu flatteuses, surtout celles de la vue sur le Sacré-Cœur, que l’on devinait à peine. L’appartement était dans son jus, mais on a tout de suite senti le potentiel. On a mené notre petite enquête pour comprendre de quel côté de la butte Montmartre on se situait, et on a foncé. »

Niché au 10e étage, l’appartement était très cloisonné, composé de nombreuses petites pièces ; un plan typique des années 1970, dont la structure – avec peu de murs porteurs – a permis une transformation significative. Inès en a donc profité pour abattre les cloisons, redéfinir les espaces ainsi que la circulation et ouvrir une grande pièce de vie baignée de lumière, réunissant cuisine, salle à manger et salon. Au centre de l’appartement, elle donne accès d’un côté aux chambres des enfants – Marcel et Solange –, de l’autre à celle d’Inès et Ambroise. « Deux ans plus tard, le voisin a vendu son appartement. Cela nous a permis d’aménager une suite parentale mais aussi mon bureau, situé au même étage tout en étant totalement indépendant de l’appartement. J’ai donc tous les avantages d’un bureau à deux pas, sans les inconvénients. »

Un appartement entre deux temps

Si les murs sont tombés pour ouvrir l’espace et l’inscrire dans une écriture contemporaine et beaucoup plus fonctionnelle, Inès s’est appuyée sur les années 1970 comme fil conducteur, notamment à travers le choix des matériaux et le soin porté aux détails. « Je souhaitais absolument préserver ’ADN de l’immeuble et faire en sorte que l’on en retrouve des clins d’œil dans l’appartement. » Dans le salon, la grande bibliothèque dessinée par l’architecte assume une présence presque brute, en écho au bois du hall d’entrée. L’un des sols de salle de bains reprend les carreaux rouge brique du balcon. Pour harmoniser l’ensemble sans céder à une esthétique haussmannienne, les matériaux jouent un rôle essentiel : le sol est en béton ciré dans une teinte gris chaud, tandis que les mursx sont recouverts de peinture à la chaux. Un esprit “cosy” que l’on retrouve également dans le choix de la moquette, qu’Inès n’a pas hésité à installer dans les chambres. « J’adore la moquette, je trouve ça extrêmement confortable, surtout pieds nus. Et puis les enfants vivent beaucoup par terre. J’aime l’idée d’avoir un appartement cocon. »

Colorer, chiner, détourner
Des volumes modernistes, des teintes et des textures organiques : sur cette toile de fond, Inès a composé un répertoire décoratif où le sur-mesure rencontre des meubles et luminaires chinés avec patience, où quelques touches de couleur et des pièces arty donnent au lieu sa singularité. Volontairement enveloppante, l’entrée se teinte d’un rouge profond, presque théâtral. La cuisine, en total look noyer souligné d’un carrelage vert, assume un esprit rétro et se déploie autour d’une grande table vintage en bois. Ailleurs, les fonctions des meubles se détournent : un buffet de salon devient meuble-vasque dans la salle de bains, des tabourets font office de table de chevet…

De la structure aux objets choisis ou réinterprétés, la rénovation de cet appartement incarne la signature de l’architecte et une réflexion appliquée au rythme d’une vie de famille, soit un goût pour les détails justes et les matières chaleureuses, qui cohabite avec une manière d’habiter fluide et fonctionnelle. Et quand on demande à Inès quelle est sa pièce préférée, elle répond sans hésiter : « La cuisine. C’est vraiment le cœur de la maison. On y cuisine beaucoup, on reçoit énormément d’amis, souvent des artistes, des musiciens. Le salon est pensé comme un espace très vivant, où les usages se mélangent naturellement. L’été, on ouvre grand les fenêtres et on profite de la vue. Je ne m’en lasse jamais : ce ciel et cette lumière, c’est vraiment précieux ! »

inescarre.com

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