Intérieur : chez la créatrice de Mapoésie à Paris

Elsa Poux, dont la marque Mapoésie vient de célébrer son quinzième anniversaire, nous a ouvert les portes de sa maison où elle vit avec son mari, leurs deux enfants et un duo de chats. La créatrice rêvait d’un espace pour flâner à l’extérieur ; cette grande bâtisse des années trente, nichée dans le 20e arrondissement parisien, a exaucé son souhait. Visite dépaysante, entre influences nomades et jardin aux tonalités tropicales.

Par Marie Mersier – Photographies : Jeanne Perrotte

Des foulards composés comme des œuvres d’art, puis tout un univers dédié aux accessoires, à la maison, et enfin des collections de prêt-à-porter, depuis 2010, Mapoésie a développé un style unique, où l’écriture graphique des motifs rencontre les savoir-faire artisanaux indiens. Quinze années de création menées par l’imaginaire d’Elsa Poux et sa signature onirique et colorée. Si la créatrice a longtemps habité avec sa famille dans un appartement avenue Parmentier, l’envie d’un coin de verdure pour déconnecter de l’énergie citadine devenait de plus en plus présente.

« Nous aimions beaucoup le 20e arrondissement parisien et nous sommes tombés par hasard sur cette maison. Les photos de l’annonce étaient mauvaises, la façade pas très accueillante… bref, il fallait se projeter. Dès la première visite, avec la glycine en fleurs et les perspectives du jardin à aménager, on a eu le coup de cœur. 60 mètres carrés d’espace extérieur et 280 mètres carrés de superficie hors sous-sol : cette maison était bien plus grande que nos recherches initiales, mais dans un autre quartier, nous n’aurions pas eu cette opportunité. Même si elle nous est passée trois fois sous le nez, on a tenu bon et fin 2019, après un an de travaux, nous sommes arrivés ici », raconte Elsa.

Esprit ouvert et ambiance finca

Typique des années trente avec une grande alcôve et des moulures graphiques au plafond, l’entrée de la maison est un clin d’œil à son époque de construction. Pour le reste, tout a été repensé : « Nous n’étions que les troisièmes propriétaires et comme c’est souvent le cas dans ce type d’habitation, il y avait des murs un peu partout et une distribution très différente des pièces. Le garage occupait le rez-de-chaussée et la cuisine se situait à l’étage. Le travail le plus conséquent, que nous avons effectué avec l’architecte Isabelle Masson, a été de tout décloisonner. D’ailleurs, Isabelle nous disait souvent : “Arrêtez d’ouvrir, vous n’aurez plus de rangements !” En effet, je n’ai pas de vrai dressing, ce qui est un comble pour une créatrice textile. »

Désormais isolé derrière des verrières, le bureau de Jean-Claude Chianale, le mari d’Elsa, se découvre dès l’entrée. Le rez-de-chaussée est ensuite une invita- tion à la déambulation entre la cuisine ouverte et un immense espace de vie, dont la baie vitrée mène vers le jardin. Pour l’ambiance des lieux, Elsa avait une idée bien précise en tête : « Une maison pas trop parisienne, à mi-chemin entre le Mexique et une finca espagnole. » Avec ses banquettes en maçonnerie blanche, l’arrondi des alcôves qui ponctuent les murs, le sol qui mixe terrazzo et damier inspiré d’un palazzo italien, le salon- salle à manger semble en effet sorti tout droit d’une maison de vacances. Cette impression de farniente se prolonge naturellement à l’extérieur où jasmin, néflier et plantes exotiques composent un jardin à l’atmosphère solaire.

A l’étage, le couple a souhaité la même liberté de circulation. Remplaçant des murs, des poutres IPN sont venues consolider l’ensemble, permettant de créer d’un côté le coin télé, un deuxième salon-salle à manger, puis de l’autre le bureau d’Elsa, la chambre du couple et une salle de bains. « Pas question pour autant d’éclipser totalement la personnalité années trente de la maison ; notre architecte a refait à l’identique les moulures et j’ai conservé la cheminée d’origine dans mon bureau », explique Elsa. Quant au dernier étage, il est réservé aux enfants, âgés de 23 et 20 ans. « À part repeindre les sols en blanc, nous n’avons pas touché à la déco, Matteo et Prune se sont approprié les lieux à leur façon. »

Palette de couleurs et objets souvenirs

Après l’architecture se pose souvent la question de la couleur. Ici, pas de précipitation ; Elsa a fait confiance au work in progress et à son intuition. « Au début, je voulais mettre de la couleur partout. Finalement, j’ai préféré utiliser le blanc comme toile de fond, pour ensuite jouer avec les couleurs de façon plus subtile, soit grâce aux tapis et coussins Mapoésie que j’aime déplacer régulièrement pour moduler la déco selon mes envies, ou avec la peinture qui aide à définir ou embellir certains espaces. » Un escalier qu’elle n’aime pas ? Elsa le repeint en kaki. La cuisine ? Autant en faire un lieu un peu spécial en mixant du bois, du rose blush, du terracotta et toujours un peu de kaki. Tel un fil conducteur, ces
nuances complémentaires se retrouvent à l’étage, sur la tête de lit de la chambre parentale, les carreaux qui entourent la douche et dans le coin télé ; un parti pris qui a tout son sens dans une maison aux volumes impressionnants.

Elsa nous explique : « Aussi étrange que cela puisse paraître, mon mari et moi avons eu besoin d’un temps d’adaptation entre notre appartement et cette maison sur plusieurs étages. On a donc décidé de créer des petits cocons, afin d’éviter la sensation de flottement qu’il y a parfois dans les grands espaces ouverts et des alcôves qui accrochent le regard, comme celle de la cuisine que j’ai décorée avec des petits objets rapportés de voyage. » Car si les créations Mapoésie habitent chaque pièce et portent en elles tout un métissage d’influences, elles cohabitent avec une multitude d’objets et de meubles glanés ici et là. Allure seventies de certaines pièces de mobilier, tabourets en perle de Mauritanie, céramiques, trouvailles inédites au Maroc ou au Brésil et objets chinés en brocante composent un mélange des genres qui dessine la personnalité unique de cette maison familiale.

Lieu de vie et d’inspiration

Du matin au soir, d’été en hiver, la maison évolue au rythme de la lumière et des saisons – hormis la cuisine qui ne désemplit jamais, Elsa et Jean-Claude adorant cuisiner et recevoir. Depuis sa chambre qui donne côté cour sur la façade jaune de l’immeuble voisin, Elsa se réveille en se sentant très loin de Paris, surtout aux beaux jours, lorsque la glycine est en fleurs. Ce sentiment d’évasion s’incarne totalement au rez-de-chaussée, véritable point de rencontre. « L’été, la baie vitrée est grande ouverte et on passe beaucoup de temps dans le jardin que l’on a aménagé pour profiter du soleil ou se reposer à l’ombre. Il n’y a pas un bruit, c’est merveilleux. Mon mari s’occupe des plantes – sa passion – et les enfants nous rejoignent pour déjeuner ou dîner. » L’hiver, le mode de vie change sensiblement : le premier étage, dont la déco évoque davantage une ambiance seventies, devient plus lumineux la journée. Le soir, il invite à des soirées cosy au coin de la cheminée. Tout au long de l’année, Elsa trouve ici un refuge pour s’apaiser, tout en nourrissant sa créativité : « Auparavant, j’habitais juste à côté de mon bureau ; la coupure entre mon lieu de travail et de vie n’était pas évidente. Là, dès que je passe la porte, je suis ailleurs et je me sens inspirée par cette maison. C’est un lieu propice à la création et à la rêverie. »

@mapoesie_paris

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