Intérieur : la maisons 70s de Lea Toulemonde

Guidée par la volonté de rendre la déco plus accessible, quelque part entre le “ni trop chic, ni trop cheap”, Léa Toulemonde multiplie les casquettes : coach déco, curatrice et créatrice via sa boutique en ligne ou animatrice pour des marques – « speakerine », dit-elle en riant ; un trio qui lui permet d’exprimer son goût instinctif, l’amour des objets “gris-gris” et une spontanéité irrésistible. Sa maison, partagée avec son mari César et leurs deux enfants Automne et Raoul (et le chat Michel), en est le reflet inspirant.

Par Marie Mersier – Photographies : Jeanne Perrotte

C’est l’envie de se mettre au vert qui a mené le couple à quelques minutes de Lille, dans un lotissement des années 1970 en briques rouges typiques et au nom prometteur : L’Oasis. « En ce moment, les années 1970 sont hyper tendance, mais moi j’ai toujours eu un crush pour cette période. J’adore l’architecture de ces maisons, tellement adaptée à la vie de famille : de grands volumes au rez-de-chaussée et des demi- étages qui donnent presque l’impression de vivre en appartement. Et puis, il y avait un saule pleureur dans le jardin… mon rêve ! La maison était dans son jus,le budget avec les travaux était un peu plus élevé que prévu, mais on a eu le coup de cœur, alors on a foncé », raconte Léa. C’était il y a quatre ans, et la suite s’est enchaînée rapidement : reconfiguration de l’étage parental, peinture et sol en coco pour les chambres des enfants, et surtout un nouveau visage pour le rez-de-chaussée, véritable cœur de la maison.

La Californie, à deux pas de Lille
En trois mois de rénovation, la maison de Léa et César a conservé son ADN seventies tout en se réinventant dans une esthétique californienne, entre style mid-century et lignes modernistes. Léa a d’ailleurs baptisé le projet d’aménagement « ma Villa Neutra ». Première étape : préserver des matériaux d’origine, comme la cheminée en crépi ou le parquet du salon en damier, et les harmoniser avec un béton ciré clair. Puis agrandir certaines ouvertures, abattre une cloison, concevoir un immense îlot de cuisine pour habiller un poteau impossible à supprimer et transformer les fenêtres sur le jardin en baies vitrées épurées. Le rez-de-chaussée s’est ainsi métamorphosé en un vaste lieu de vie chaleureux, lumineux et entièrement décloisonné, où l’on circule avec fluidité,tout en se sentant très “enveloppé”.

Un détail – qui n’en est pas un – contribue nettement à cette atmosphère cosy : le plafond en bois des deux coins repas. Léa y tenait absolument. « Les artisans me répétaient qu’ils retiraient ce type de plafonds dans la plupart des anciennes maisons et que cela allait écraser l’espace. Au contraire : avec la hauteur disponible, je souhaitais investir ce volume. Le bois apporte une vraie structure et renforce l’esprit californien et rétro de la maison ; une vibe que j’ai glissée jusqu’aux stores en lamelles de bois. »

Du sur-mesure pour une maison vivante

Entre le placage en bois véritable du plafond, la cuisine en total look noyer et quelques touches de chêne miel, le bois s’est imposé comme une trame, reliant visuellement chaque espace du rez-de-chaussée. Il a guidé aussi bien le choix du mobilier que la création de nombreux éléments sur-mesure pensés pour structurer et rendre la maison plus fonctionnelle. « Lors de mes coachings déco, j’encourage souvent à passer par le sur-mesure : c’est parfois moins onéreux que de chercher indéfiniment la pièce parfaite dans le commerce. Par exemple, je ne trouvais aucune table de salle à manger capable d’accueillir nos repas ou les ateliers pâte à modeler. Je l’ai donc dessinée en chêne, avec un plateau en stratifié orange pop qui ne craint rien, puis je l’ai fait réaliser par un menuisier. » Autour de cette table, Léa a imaginé une large banquette en noyer, recouverte d’un tissu léopard, devenue l’un des points centraux de la maison.

Un passe-plats reliant le coin repas à la cuisine, des étagères ouvertes pour attraper verres et tasses, un îlot construit comme une petite “place du marché” où tout le monde se retrouve : Léa a conçu un sur-mesure vivant, capable de suivre la vie de famille comme les dîners improvisés entre amis. « César est entrepreneur dans la restauration et passionné de cuisine. Il a même compté le nombre de pas entre l’îlot et le lave-vaisselle pour que ce soit le plus pratique possible. On reçoit beaucoup et j’aime pouvoir le faire selon mon humeur : parfois dans la salle à manger quand on met les petits plats dans les grands, parfois dans le coin banquette. »

Des pièces intemporelles et un petit grain de folie : le juste équilibre

Autour de ce sur-mesure aussi utilitaire qu’esthétique, Léa a composé un décor fait de pièces intemporelles, patiemment chinées. Les huit chaises Bruno Rey autour de la table de la salle à manger ? Elle a mis deux ans à trouver un lot complet, avec les bonnes galettes en cuir. Les luminaires ? Elle préfère vivre six mois avec une ampoule au bout d’un fil plutôt que d’acheter par défaut. « Je consomme assez peu de déco neuve car je chine beaucoup ou je récupère des objets de famille. Une chose est sûre, c’est que je suis une véritable “gardeuse”. Je veux des objets qui durent, qui se transmettent, qui traversent les maisons. D’ailleurs, quand j’imagine une création – la plupart du temps parce que je ne la trouve pas l’équivalent en boutique –, j’ai toujours en tête qu’elle puisse passer d’une génération à l’autre. »

Si le mobilier et les luminaires incarnent une certaine sobriété, Léa n’hésite pas à jouer avec les matières et les motifs : la banquette en tissu léopard, l’îlot bar revêtu d’un carrelage vieux rose, le papier peint rayé de la cuisine ou encore l’escalier recouvert de moquette. « C’est justement le côté intemporel de certaines pièces qui permet de s’autoriser quelques folies. Elles apportent du relief ! »

Les couleurs comme des souvenirs

Cette philosophie du juste équilibre, Léa l’applique aussi aux couleurs. « On a quand même un îlot rose et une banquette léopard, donc au rez-de-chaussée j’ai joué la neutralité avec un blanc très chaud. Je recommande souvent d’avoir des zones plus calmes : cela permet aux pièces fortes de ressortir sans saturer visuellement. Moi, j’en ai besoin, il faut que ça respire ! En revanche, quand j’utilise la couleur, j’y vais franchement, pour accompagner le volume, comme dans l’entrée entièrement repeinte en jaune bronze. » À l’origine de ces teintes audacieuses ? D’abord un tableau de Serge Arnoux, hérité de la grand-mère maternelle de César, qui habille l’un des murs de la salle à manger. Puis sa collaboration avec la marque Atmosphère, pour laquelle Léa a imaginé une palette de huit couleurs, entre tonalités naturelles et nuances nostalgiques, chacune portant le nom d’une ville “souvenir” : jaune Palombaggia, bleu Ramatuelle, vert Touquet, rose Giverny… Dès l’escalier, la couleur s’affirme avant de ponctuer les deux étages de grands aplats et de combinaisons graphiques. Le summum ? La chambre de Raoul, « un festival de couleurs », sourit Léa. De l’agencement aux couleurs, la déco selon Léa raconte une histoire sensorielle et émotionnelle : celle d’habitats réconfortants qui accueillent à bras ouverts.

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