Neuro-architecture : comment nos intérieurs influencent notre santé mentale

Couleurs, agencement, lumière : et si notre bien-être mental se jouait dans nos choix de décoration ? Alors que nous passons 80% de notre temps à l’intérieur, la neuro-architecture nous invite à repenser nos espaces de vie.

Par Auxane Ringeard - Photo : plum living

La couleur de l’année 2026 annoncée par Pantone ? Cloud Paint, un blanc doux et apaisant. Un choix qui en dit long sur notre époque en quête de sérénité et de cocooning. Pourtant, un mouvement inverse se dessine : la décoration des années 70, résolument colorée, fait son grand retour. Même la déco scandinave, connue pour sa sobriété, se pare désormais de teintes audacieuses. Le minimalisme blanc cède du terrain. Et si ce besoin de couleur répondait à un besoin plus profond ?

C’est l’une des thèses que défend Fiona Beekens, architecte, dans son livre La Neuro-architecture. Cette discipline émergente étudie l’impact de nos espaces de vie sur notre cerveau et notre bien-être mental.  La neuro-architecture s’intéresse à la façon dont couleurs, agencement, lumière et matériaux influencent nos émotions, notre énergie et même donc notre santé. Une approche qui résonne particulièrement alors que nous passons les 3/4 de notre temps à l’intérieur et que le télétravail s’impose comme une nouvelle norme.

©STANISLAS LIBAN

Trois cerveaux, une perception

Dans son livre Neuro-architecture, Fiona Beekens, pose les bases d’une discipline encore méconnue. Elle explique que trois cerveaux dictent notre perception de l’espace : le néocortex (conscient) qui analyse, le cerveau reptilien (inconscient) toujours sur ses gardes, et le cerveau émotionnel influencé par notre passé. « Comprendre la différence entre ce que nous savons (conscient) et ce que nous ressentons (inconscient) est la base d’un intérieur qui répond à nos besoins », affirme-t-elle. Un exemple frappant : le blanc. Inconsciemment, il nous fait penser à la neige, à des espaces froids. « Le néocortex a entendu que le blanc c’est chic et élégant, mais le cerveau inconscient lui déclenchera des sensations de froideur », explique Fiona Beekens. Il est même démontré que notre température corporelle diminue face à un environnement totalement blanc. Ce décalage entre ce que la société nous dit et ce que notre corps ressent crée une dissonance silencieuse mais réelle.

La couleur, une énergie sous-exploitée

Le secteur de l’aménagement intérieur connaît une croissance constante en France, notamment après les confinements liés à la crise sanitaire. Une étude de CSA Research pour Cofidis révèle que 54 % des Français ont entrepris des travaux chez eux en 2022, dont 37 % étaient des travaux de décoration.  « Depuis la pandémie, nous avons vu beaucoup plus de gens adopter la couleur dans leur maison, avec des touches plus audacieuses comme du rouge flamboyant », analyse Charlotte Cosby chez Farrow & Ball.

Pour Fiona Beekens, la couleur est aujourd’hui utilisée avec trop peu de conscience. « La couleur est une énergie et une vibration », rappelle-t-elle dans son livre. Le rouge est associé à l’énergie et à la passion, mais aussi au danger – il signale une menace comme le sang ou une ressource vitale comme le feu. Le jaune, couleur lumineuse, est lié à la joie et au soleil. Le bleu rappelle le ciel et évoque la tranquillité, mais peut aussi évoquer une certaine froideur. Le vert, couleur de la nature, symbolise la santé et l’équilibre. « Les couleurs que nous décidons d’intégrer à nos habitats sont directement liées à notre état émotionnel lors de la sélection », observe l’architecte. Dans des moments de deuil ou d’épuisement professionnel intense, on peut observer un rejet des couleurs vives ou joyeuses, une tendance à privilégier des tons sombres. « Si changer de vêtements est facile, remodifier sa déco ne se fait pas toujours, et donc prolonge le processus ou la durée du deuil ou du mal-être. » Claire Clerc, décoratrice d’intérieur, confirme : « Lorsque l’on rentre dans un endroit avec de la couleur, on n’a pas du tout les mêmes émotions, les mêmes ressentis que dans une pièce toute blanche. Un mur de couleur change la perception d’un lieu. Pour moi, c’est une évidence. »

L’agencement, ce grand oublié

Au-delà de la couleur, l’organisation de l’espace joue un rôle crucial. « Souvent pensé en dernier, après les travaux, après avoir tout déjà dessiné, après le dépôt de permis », déplore Fiona Beekens, l’agencement devrait selon elle être réfléchi bien en amont, dès les premières réflexions. Un canapé tourné dos à la porte d’entrée, un lit mal positionné, un chauffage bloquant la circulation, des éléments techniques pensés trop tôt deviennent des contraintes majeures à l’aménagement d’un lieu de vie. Elle-même architecte, Fiona Beekens décrète que le métier ne forme pas à prendre en compte le bien-être du client. « L’objectif n’est pas de vous dicter ce que vous devez faire, mais plutôt de vous offrir des pistes de réflexion et des conseils pour améliorer votre cadre de vie. »

©Plum Living
Broste Copenhagen, pot de fleurs, 400€ chez Nordic Nest.

Retrouver le lien à la nature

Nous vivons une grande partie de notre vie enfermée, or l’humain a besoin d’énergie vitale, retrouvée dans des zones plus excentrées de la ville ou dans la nature sauvage. « Il est primordial de faire évoluer l’architecture », affirme Fiona Beekens. L’architecture évolue et prend conscience de nos besoins de connexion à la nature. Nos intérieurs intègrent de plus en plus de verdure et sont construits en fonction de la lumière du jour, se tournant vers l’extérieur.

Ce que nous voyons sur les réseaux sociaux influence fortement notre perception du lieu de vie idéal. « Nous rêvons d’espaces avec des hauteurs sous plafond, des suites parentales, des cuisines ouvertes et des baies vitrées. Cependant, ce qui est beau pour les yeux n’est pas forcément bon pour notre cerveau et pour notre corps », rappelle l’autrice.

Cinq conseils à retenir du livre : 

1. Créer des transitions symboliques

Le sas d’entrée n’est pas qu’une question d’aménagement, mais une frontière psychologique. « Laisser quelqu’un rentrer immédiatement dans son espace de vie sans transition, c’est symboliquement ouvrir son intimité à autrui sans filtre et sans protection », explique Fiona Beekens. Un claustra, un tapis distinctif ou un meuble suffisent à matérialiser cette zone tampon essentielle pour marquer la séparation entre l’extérieur et notre intimité.

2. Toujours voir la porte d’entrée

Que ce soit depuis le canapé, le lit ou le bureau, pouvoir voir qui entre dans la pièce répond à un besoin ancestral de sécurité. Notre cerveau reptilien (cerveau inconscient) reste en état d’alerte tant qu’il ne peut pas surveiller les accès. À l’inverse, avoir les pieds face à la porte dans le lit, la fameuse « position du cercueil », maintient inconsciemment une tension. Un mur derrière soi et une vue sur l’entrée : la formule du lâcher-prise.

3. Limiter les stimuli visuels

Bibliothèques ouvertes, étagères surchargées, photos de famille sur le bureau : autant de stimuli que notre cerveau doit traiter en permanence. Dans les espaces de repos ou de concentration, privilégier les meubles fermés et les surfaces épurées permet de réduire la charge mentale invisible. Même principe dans la chambre où miroirs reflétant le lit et étagères au-dessus de la tête créent une hypervigilance nocturne.

4. Intégrer le vert et le bois dans la cuisine

Le vert renvoie à la nature et envoie un message inconscient favorisant une alimentation plus saine. Le bois, matériau naturel, influence notre manière de cuisiner et de manger. À l’inverse, l’îlot central ultra-visible depuis toutes les pièces peut devenir une charge mentale permanente, nous rappelant constamment les tâches domestiques.

5. Doser le vitrage avec intelligence

L’homme a besoin de lumière, mais à juste dose. Trop de vue sur l’extérieur engendre une hypervigilance liée à notre passé ancestral, toujours à l’affût d’un danger. La tendance baies vitrées partout peut en réalité créer un sentiment d’alerte permanent et donc de fatigue chronique. 

 

> Pleins d’autres conseils et astuces sont à retrouver dans le livre directement.

A retenir.
Bien que la recherche sur l’impact de la décoration intérieure sur nos humeurs soit encore limitée, il est crucial de reconnaître leur potentiel pour façonner notre expérience émotionnelle. En expérimentant personnellement et en tenant compte de nos réponses individuelles, nous pouvons créer des environnements qui favorisent notre bien-être et notre épanouissement.

Bonus / Dans l’assiette : les couleurs vous veulent aussi du bien !

Avoir une vie colorée et vitaminée, ça passe par mettre de la couleur dans son assiette ! Un bol de pâtes au beurre peut être quelquefois réconfortant. Occasionnellement, ce genre de repas est bon pour le moral. Seulement, à répétition, c’est votre moral qui risque de devenir grisailleux. Chaque couleur dans nos assiettes correspond à différents nutriments essentiels pour notre corps. Les légumes verts comme les épinards et le brocoli sont riches en vitamines essentielles pour les os et renforcent l’immunité. Les fruits rouges, tels que les baies et les cerises, regorgent d’antioxydants, idéaux pour prévenir les maladies cardiovasculaires. Les aliments oranges, comme les carottes, contribuent à une vision saine. Quant aux agrumes, jaunes et oranges, ils renforcent le système immunitaire. En incorporant une variété de couleurs dans votre alimentation, vous assurez un apport équilibré en nutriments essentiels pour maintenir votre santé et votre vitalité.

Recette de riz au lait, coings & potimarron au sirop safrané !

©Bouchée Double

La neuro-architecture – Comment optimiser votre santé et votre bien-être grâce à l’aménagement de votre espace de Fiona Beenkens

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