À Arles, une petite maison brute et lumineuse

À Arles, Capucine et Henri ont transformé une petite maison de ville en refuge lumineux où matières brutes, objets chinés et vie de famille cohabitent avec douceur. Une manière sensible d’habiter entre artisanat, transmission et vie solaire.

Par Amandine Grosse – Photographies : Marta Puglia

Ce lieu choisi est plus qu’une habitation : une nouvelle manière de vivre. Après des années à Paris où Capucine travaille chez Jacquemus puis aux côtés de la créatrice Amélie Pichard, l’envie de s’échapper de l’agitation naît d’un désir : rejoindre la douceur de son Sud natal sans pour autant regagner une ville qu’elle connaîtrait par cœur. Originaire d’Avignon, c’est à une trentaine de kilomètres au sud que le couple entame ses recherches : « Nous souhaitions repartir de zéro, sans attaches, avec l’idée de trouver un lieu idéal pour fonder notre famille. Chaque été, nous passions du temps à Arles pour profiter de l’effervescence créative des Rencontres de la photographie. Henri a visité seul cette petite maison, au départ destinée à ma maman. Il a eu un coup de cœur immédiat. Et comme nous partageons la même sensibilité pour les lieux et les objets chargés d’histoire, j’ai immédiatement confirmé l’achat. »

Le couple doit se projeter : la maison de 65 mètres carrés n’est pas entretenue et les pièces sont fermées, mais le potentiel des pierres, des tomettes et du toit- terrasse encourage le couple à sublimer les lieux. « Il fallait tout désosser. Nous avons d’abord confié les travaux à des artisans avant de reprendre la main. On était très attachés à respecter l’essence et les matières existantes, alors autant le faire nous-mêmes. » Henri, qui restaure déjà des meubles, apprend d’autres métiers au fil du chantier. « Depuis ce projet, il a créé Atelier Auboyet, un studio au sein duquel il imagine des structures enduites à la chaux et des bétons cirés naturels. »

À mi-parcours des travaux, le couple apprend qu’il va devenir une famille. Capucine met du cœur à l’ouvrage avec comme deadline l’arrivée imminente de leur petite Suzanne. « On a emménagé dix jours avant qu’elle naisse, après un an et demi de travaux. » Pièce maîtresse de la vie familiale, la cuisine en contrebas du salon a la particularité de disposer d’une grande fenêtre qui rend l’espace voûté très lumineux : « On raconte qu’à l’époque, elle permettait de faire passer les tonneaux de vin, et que Van Gogh venait boire des verres dans la cave du voisin ! » Un lieu chargé d’art et d’histoire que le couple a su cultiver en décapant, par exemple, les portes anciennes présentes dans le salon.

Intérieur vivant

Sensibles à l’univers des antiquaires, Capucine et Henri pensent leur espace comme un lieu qui traverse les saisons avec un amour commun pour les matières brutes et le sens donné aux objets. Au sol, les tomettes doivent être retirées puis reposées une à une : « Ce fut un travail énorme car il fallait faire passer l’électricité et l’eau qui étaient apparentes. » Le couple, qui adore chiner, cherche à remplacer les pièces endommagées. Si les tomettes orangées de Marseille ont été faciles à retrouver, celles de la chambre ont donné lieu à une quête plus fastidieuse : « À l’arrivée, cela donne un patchwork de nuances dans la chambre. On aime cette imperfection vivante. » Le goût de l’ancien se conjugue aux éléments contemporains sans que l’harmonie ne soit rompue. C’est là tout l’art de cet intérieur épuré mais propice aux mouvements ; car ce qui compte particulièrement pour ces jeunes parents, c’est de pouvoir laisser leur vie de famille évoluer librement dans chaque recoin de la maison. « On a choisi des matières naturelles car on aime l’idée qu’elles se transforment avec le temps. Nous avons volontairement opté pour un plan de travail en zinc. On sait que cette matière se tache facilement : une goutte de citron décolore aussitôt le zinc, mais ça ne nous pose aucun problème ! La chaux est aussi une matière qui travaille beaucoup avec l’humidité. Les sols de la salle de bains et de la cuisine sont, quant à eux, en béton ciré. Cela vieillit de manière assez brute mais ça ne nous dérange pas. »

Trouver sa place

Les week-ends, il n’est pas étonnant de croiser Capucine et Henri dans les brocantes et les vide-greniers de la région. « Nous ne sommes pas des acheteurs compulsifs mais quand on a un coup de cœur pour un objet, on le prend et, s’il ne trouve pas sa place tout de suite, on a la chance de pouvoir le stocker dans un garage annexe. » Parmi les pièces phares de la maison, la tête de requin en béton attire l’œil quand on arrive sur la terrasse. « Elle vient d’un ancien zoo en Allemagne. C’est un ami antiquaire qui l’avait chinée. Il ne trouvait pas d’acheteur ; nous, on l’a tout de suite aimée. » Cette terrasse qui domine la ville historique, on la retrouve aussi dans la maison sur une toile peinte par Robin Leforestier, un artiste local : « Il m’avait demandé s’il pouvait prendre la terrasse comme modèle. Nous avons été incapables de ne pas l’acheter ! Et ce qui est génial, c’est que le jour où nous changerons de maison pour avoir plus d’espace, le souvenir de ce premier achat nous suivra. »

Une mise en abyme qui gomme les frontières entre les pièces, à l’image des rideaux installés en guise de portes aériennes entre les pièces : « En été, nous les retirons pour faire circuler l’air. » Il ressort de ce couple une douceur et un goût du jeu ; un esprit ludique et enfantin que l’on retrouve dans le damier bleu tendre de la salle de bains. Au cœur de cette vie choisie, Capucine met désormais son talent au service d’une galerie d’art et ralentit son rythme, comme elle le projetait en quittant Paris. Dans quelques semaines, le couple accueillera un deuxième enfant et poursuivra, au rythme camarguais, sa vie intérieure rêvée.

@capucinevaysse

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