Juliette Meyer et ses sculptures comestibles

Entre cuisine et composition artistique, Juliette brouille les frontières et fait de chaque table un terrain d’expression. Ses scénographies culinaires, entre l’ancien et le moderne, invitent au partage et se goûtent autant qu’elles se vivent. Cette cheffe esthète nous reçoit dans sa maison dans le Perche, son lieu de résidence principal, et nous dévoile ses recettes préférées pour toutes sortes de célébrations estivales.

Par Margaux Steinmyller - Photographies : Jeanne Perrotte

Décors gourmands

Après sa formation en hôtellerie-restauration et des passages dans des établisse- ments entre Paris, Berlin, Amsterdam et Lyon (notamment aux côtés du chef Daniel Morgan, récompensé par Le Fooding), Juliette Meyer est devenue l’une des cheffes les plus prisées des événements privés entre Paris et le Perche. Mariages et célébrations, projets de marques, collaborations ou shootings – dès le retour des beaux jours, son planning affiche complet près de deux années à l’avance. Sa signature ? Une cuisine de saison, généreuse et engagée, essentiellement végétale, et un sens inné pour la scénographie, marqué par la convivialité : « Je suis très attachée aux pièces à partager, précise la cheffe. Des plats pensés pour être placés au centre de la table, comme une viande confite longuement, des pains à rompre, des beurres travaillés… » Depuis peu, Juliette explore aussi la sculpture comestible. Cornichons, bretzels et beurre (ses préférés) prennent forme dans des installations artistiques, volontairement déstructurées.

Des banquets conçus comme des tableaux vivants, où l’esthétique rivalise avec la saveur : « Je ne dissocie plus la cuisine d’une forme d’expression plastique. Visuellement,mon travail est expressif, presque maximaliste. J’aime la couleur, les volumes… À l’inverse, dans l’assiette, je recherche une forme d’épure via des goûts nets, lisibles, des contrastes précis. Chaque élément doit exister pleinement, sans confusion. » Son dernier fait d’armes ? Après la tête de l’acteur Jacob Elordi sculptée dans du beurre (baptisée “Jacob Alourdi”, preuve que les jeux de mots sont aussi l’une de ses spécialités), le sapin de Noël 100 % cornichons, la tour d’endives et les guirlandes de tomates cerises – la plus grande sculpture comestible de Johnny Hallyday, façonnée grâce à plus de 50 kg de beurre salé ! Pour cette experte, en 2026, pas de barrières, place à des mises en table plus libres et affirmées : « On mise sur des nappes généreuses, de la superposition, de la verrerie colorée, des éléments dépareillés… J’aime l’idée d’un décor comestible, où la frontière entre table et cuisine s’efface, et où les touches de nostalgie (comme les napperons) sont intégrées dans des ambi ances plus contemporaines. »

À la ville et aux champs

À la fois libre et très occupée, Juliette a trouvé son équilibre en s’installant dans le Perche en 2022. Un rythme loin des idées perçues : dans son village, à la campagne, elle travaille de manière dense, presque en retrait, pour mieux retrouver Paris lors de projets ciblés ou pour sa vie personnelle. Si elle rachète cette longère il y a quatre ans, c’est autant pour y ancrer son activité que pour façonner un lieu intime. En plusieurs mois de travaux (qu’elle supervise), elle parvient à conserver l’âme de cette maison ancienne tout en y insufflant une écriture plus personnelle, contemporaine et engagée : « L’aménagement repose sur un mélange d’époques, sans hiérarchie. J’ai une affinité particulière pour le modernisme des années 1970, en témoignent le fauteuil de Marcel Breuer, les créations de Charlotte Perriand ou les assises Ligne Roset. Et je privilégie toujours la seconde main, je trouve des trésors en ligne et dans les ressourceries du coin ! » Au centre de la maison, la cuisine donne le ton. Un grand module en Inox sur-mesure côtoie la cheminée d’origine, toujours utilisée pour la cuisson au feu de bois. En attendant l’aménagement de son futur laboratoire dans la pièce attenante – qui ouvrira le champ des possibles pour son activité de traiteur –, Juliette y cuisine avant tout pour le plaisir.

Ultra-fonctionnelle et lisible, la pièce est organisée avec précision : large plan de travail, portant mural pour garder à portée de main ses indispensables (mandoline, spatules, maryses, mini-fouets, louches), barre aimantée pour les couteaux, rangements généreux pour la vaisselle chinée… chaque chose à sa place, sans surcharge ni perte de temps. En parallèle, dans une aile de la maison encore inexploitée, Juliette développe son premier gîte (avec ULM Architecture), pensé comme une extension naturelle de son univers culinaire : un projet contemporain, structuré par les volumes et les jeux de transparence. À terme, elle projette même un ensemble de gîtes autonomes, portés par une vision exigeante mais sensible de l’hospitalité, avec un jardin dessiné par le paysagiste local Brice Robert. Un projet sur le feu, qui verra le jour dans quelques mois – et qui, à l’image de la cuisine de Juliette, promet plus que de simples repas : de bien jolis moments à partager.

@juliette_meyer

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Numéro 10 (juin-juillet-août 2026) – Le printemps s’invite à table
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