Bonnes adresses : 7 restaurants pour dîner en solo

Longtemps regardé de travers, le dîner en solo s’impose désormais comme un vrai luxe : celui de s’offrir du temps pour soi, sans partage obligé. De Paris à Bordeaux en passant par Marseille ou Saint-Jean-de-Luz, sept adresses bien dans leur époque déroulent comptoirs accueillants et portions ciselées, sans jamais donner l’impression de “prendre une table pour deux ».

Par Astrid Briant - Photo : Brasserie Vinatier

1/ Brasserie Vinatier – Bordeaux

Avis aux Bordelais et aux touristes bien avisés : La Nouvelle Garde, figure de proue de la brasserie parisienne, a pris ses quartiers à deux pas de l’hôtel de ville. Archétype de la demeure bordelaise, Brasserie Vinatier – “marchand de vin” en vieux français – fait sans surprise la part belle aux bonnes quilles (Château Marquis de Terme, grand cru classé margaux 2016, ou Château Giscours, grand cru classé margaux 2010) et aligne ses grands classiques, rejoints par les incontournables du terroir girondin. Si les grandes tablées sont monnaie courante, le décor enveloppant de ce refuge urbain en fait une destination idéale pour savourer sa solitude, qui plus est si on parvient à décrocher une table près de la cheminée, véritable pièce maîtresse de la maison. On s’offre un tête-à-tête avec les flammes qui ondulent, sur lesquelles le chef Clément Xuereb vient braiser ses plus belles pièces à l’instar des canettes élevées dans le Sud-Ouest et estampillées IGP. Essentiels sont aussi les grattons bordelais, ou encore les huîtres du Grand Banc coiffées de txistorra, et pour finir, le paris-brest qui, à lui seul, vaut le détour.
Brasserie Vinatier
3 place Saint-Christoly, 33000 Bordeaux
@lanouvellegarde

2/ Bonnies – Marseille

Les fidèles du Saint » James et une armada d’anglophones bien renseignés se pressent déjà chez Bonnies. Et pour cause : aux manettes, Megan Moore, Écossaise aussi inspirée qu’inspirante, déroule, sur un semainier délicieusement rétro, une cuisine populaire dopée de fulgurances piochées dans un carnet de route qui court de Glasgow à Londres, fait escale au Mexique avant de jeter l’ancre en Provence. Si le comptoir en zinc est toujours une bonne option, dans cette douce planque, la retraite culinaire invite à prendre place dans une banquette box comme dans un refuge cocon et se laisser séduire par une proposition unique mais toujours bien sentie. Poulet rôti escorté de pommes de terre et d’un onctueux ajo blanco ; vongole qui magnifient des palourdes soigneusement choisies du côté de Vitrolles, servies tantôt avec des linguines, tantôt lovées dans un riz bien juteux ; ou encore risotto… Quel que soit le jour de la semaine, l’ermitage chez Bonnies se veut réconfortant, surtout le vendredi avec le traditionnel aïoli. Si en journée la radio FIP remplace très bien les conversations –qui ici se font partiellement en anglais–, d’aucuns diront que, pour une sociabilité à la carte, les soirées de jazz live font swinguer les assiettes à la perfection.

89 cours Lieutaud, 13006 Marseille
@bonniesmarseille

3/ Îlot central- Marseille

Rue Consolat, une nouvelle adresse hybride et impertinente s’est récemment lovée dans un ancien atelier de menuiserie. Ici, Ophélie Caurant (ex-pâtissière chez Big Mamma) donne à voir tout ce qui l’anime: une sélection pointue d’objets d’art de la table, de livres et fanzines, une autre d’épicerie fine, une cave exigeante de quilles engagées et de bières vivantes qu’on peut siffler sur place ou embarquer, et surtout une cuisine instinctive mais ciselée, avec en fil rouge une pointe d’acidité parfaitement maîtrisée qui rend chaque saveur incisive. Accoudés à l’îlot central qui concentre tous les regards, les gourmets esseulés peuvent s’en régaler midi et soir, week-end compris, notamment le samedi en version retour du marché. Les échappées assumées invitent à la contemplation : c’est toute la raison d’être de cet îlot où, sous vos yeux, la jeune et brillante propriétaire magnifie les produits locaux et de saison. Goûtés et approuvés ? Un velouté de courges chatouillé par un chipotle fumé et semé de noisettes croquantes puis un aïoli végétal qui rassemblait des légumes tantôt rôtis, tantôt cuits vapeur, coiffés d’une pluie d’herbes fraîches signées Paysan Moderne. En guise de bouquet final, une ganache au chocolat réveillée par une huile d’olive citronnée, un trait de sumac et quelques grains de fleur de sel.

95 rue Consolat, 13001 Marseille
@ilotcentral

4/ Fargeot – Saint-Jeande-Luz

Quelques tables, un comptoir en bois filant le long du mur et une banquette étroite dessinent un décor qui dit l’essentiel : ici, tout converge vers l’assiette. En tête-à-tête avec soi-même au comptoir, on mesure à quel point le duo Elsa Marie et Julian May laissent parler sa cuisine plutôt que le storytelling. Sur la carte ramassée, des assiettes courtes et franches, taillées pour le dîner en solo autant que pour les petites tablées : un poisson vibrionnant dans un bouillon relevé, un légume travaillé comme un plat à part entière, une tranche de montagne dans l’assiette avec une truite des Pyrénées. Ces derniers temps, la tentation prend des accents italiens avec des cavatelli con salsiccia – de petites pâtes de semoule de blé dur et de farine de blé, façonnées à la main par Julian, dont la passion pour la pâte ne connaît visiblement aucune limite (coucou Pizza Donna ! La petite soeur nichée sur le trottoir d’en face). La grammaire de la maison tient dans le détail : herbes du jardin, sauces patiemment réduites, jus bien montés. Côté douceurs, les solitaires ne sont pas oubliés. Des coupes fruitées jouant la carte du réconfort affrontent régulièrement une tarte de saison à la silhouette bien rustique. Cette précision chirurgicale fait surgir un léger tiraillement intérieur au moment de payer l’addition : en parler aux autres ou garder ce refuge gourmand rien que pour soi?

5 rue Philippe Veyrin, 64500 Saint-Jeande-Luz
@fargeot_

5/ Gourou – Paris

Si aucun billet pour l’Inde n’est encore booké mais que l’envie d’un temps d’introspection au bout du monde vous démange, cap sur Gourou, planqué dans le 11e. Gourou rejoue à sa sauce les irani cafés, ces cantines nées de la diaspora iranienne en Inde et inspirées des bistrots français. Aux commandes, Valentin Bauer et Adrien Bouchaud ont pensé à tout.Les murs comme patinés par les années laissent affleurer d’anciennes couches de peinture, ocre ou turquoise, tandis que photos fanées et estampes chinées murmurent des histoires de là-bas. Dans l’assiette, une Inde dépoussiérée qui envoie du lourd. On pioche dans une street food à partager (ou pas) et à boulotter avec les doigts, ou dans quelques plats tradi qui tiennent chaud au coeur. L’option rêvée pour ouvrir le bal ? Un vada pav, ce burger culte de Mumbai où une brioche maison ultra-moelleuse enferme une boulette de pomme de terre en tempura de pois chiches, arrosée de chutneys et flanquée d’un piment frit qui allume un brasier doux en bouche. Pour calmer le jeu sans l’éteindre, bhel puri obligatoire : riz soufflé craquant, mangue sucrée, carotte, oignon rouge, cacahuètes et menthe en pluie. Autre, combo irrésistible ? Un cheese naan parfaitement dosé à tremper dans un palak paneer d’école: épinards en crème et cubes de paneer frais, comfort food veggie par excellence. Les becs sucrés boucleront la virée avec des glaces maison aux parfums qui changent de la vanille plan-plan (cardamome, curcuma, cajou…).

42 rue Léon-Frot, 75011 Paris
@gourou_indianfoodco

6/ Envie, le banquet – Paris

Avez-vous déjà rêvé de vous délecter seul d’un buffet gargantuesque, de remplir vos écuelles de tous les plaisirs coupables sans avoir à choisir et, qui plus est, sans que personne n’y trouve à redire ? C’est définitivement l’expérience à vivre chez Envie. Chef et “serial restaurateur” à la bonhomie débordante, Éloi Spinnler a imaginé, dans le Marais, un nouveau péché capital: un self-service contemporain au chic décontracté. Cap sur un espace de 500 mètres carrés au décor spectaculaire signé Dorénavant Studio, et plus précisément sur une petite halle d’étals où l’écailler succède au fromager fort d’une bonne vingtaine de références– relayé par le boulanger puis le maraîcher. Les immanquables ? L’oreiller de la Bonaloi, le pâté en croûte végétarien, les courgettes au zaatar et, au comptoir de la cuisine, les gnocchis et la viande de kebab. Les amateurs de douceurs ont tout intérêt à garder de la place, car quand sonne l’heure du dessert, il y a fort à parier qu’ils ne sauront plus où donner de la tête. Léo Carton, chef pâtissier, sert la nostalgie heureuse en règle, à travers une ribambelle de desserts délicieusement régressifs: flan XXL, riz au lait, mousse au chocolat, compote à damner un saint et servie à la louche, mais aussi cakes, cookies, cannelés ou encore madeleines que les plus gourmands peuvent napper à l’envi d’une large cuillerée de caramel ou de chocolat, avant de les recouvrir de noisettes caramélisées ou d’autres toppings bien tapageurs. Tout y est. Mais attention, banquet ne veut pas dire gabegie. Les portions sont pensées avec justesse, et gare à ceux qui auraient les yeux plus gros que le ventre.

148 rue du Temple, 75003 Paris
@envie.lebanquet

7/ Kimono – Paris

Plongez dans les Années folles à travers le prisme d’une communauté japonaise fraîchement installée dans la capitale. À deux pas du Bon Marché, la nouvelle Dining Room des soeurs Vaconsin conjugue l’esprit bistrot parisien et celui d’un izakaya japonais, dans un décor signé Gabriel Pistre (Studio Boxwood), ponctué avec parcimonie de touches résolument Art déco. Chez Kimono, bonheur à celles et ceux qui, en paix avec leur solitude, s’installent au comptoir central autour duquel s’articule l’espace pour observer le ballet des assiettes du chef Masahiro Moriya. Ce dernier propulse la nouille dans une autre stratosphère avec la futosoba, réalisée grâce à un moulin à farine japonais spécialement conçu pour l’adresse et une machine tout droit venue du territoire nippon. Création originale et dodue, elle marie la générosité de l’udon et le parfum de la soba. On s’en délecte à l’envi, en bouillon froid ou chaud. Pour nous, elles se plongent dans un dashi brûlant, coiffées d’un oeuf parfait, de shiso et de canard émincé. À la pause méridienne, elles arrivent escortées d’un poulet binchotan ou d’un okonomiyaki au chou pointé. Des assiettes façon tapas, pensées pour être partagées le soir et arrosées d’un cocktail signature aux accents lointains, mais que l’on s’approprie volontiers en solo. Pour les moins téméraires, le bento est une autre belle affaire.

66 rue du Cherche-Midi, 75006 Paris
@kimono_restaurantparis

HOME FOOD

Numéro 9 (mars, avril et mai 2026) – Le printemps s’invite à table
8,90€

Disponible dans tous les kiosques en France et sur monmag.fr