Intérieur : Une maison écologique et design à louer dans le Perche

Dans le Perche sarthois, Anouck (fondatrice de superchinerie) et son compagnon Jean-Baptiste ont transformé une ancienne bâtisse en un lieu de vie écologique et apaisant, ouvert à tous. Pendant trois années entières, ils ont façonné Maison Légère de leurs mains comme un projet global à la croisée d’une rénovation exigeante, d’une esthétique minimaliste et d’une approche sensible du vintage.

Par Margaux Steinmyller – Photographies : Clothilde Redon

Déclic à Lanzarote
Tout commence loin de la campagne percheronne, sur l’île de Lanzarote. Dans ce territoire volcanique aux infrastructures limitées, l’écologie n’est pas une option mais une nécessité, érigée en véritable art de vivre. Là-bas, l’architecture, reconnaissable entre mille, dialogue avec son environnement ; une vision que l’on doit à César Manrique, figure fondatrice de son identité. Artiste, architecte et militant écologique avant l’heure, il impose une approche radicale : construire sans dominer, intégrer plutôt que de transformer. Pas de béton ni d’immeubles, mais des volumes bas, des maisons immaculées, des ouvertures pour cadrer le paysage… et surtout, des matériaux bruts – pierre volcanique, chaux, bois – et un colorama limité (blanc, noir, et quelques touches de vert ou de bleu inspirées par la nature environnante). Après dix jours d’escapade en 2021, Anouck et Jean- Baptiste reviennent à Paris émerveillés, et surtout avec plein d’idées : « On était déjà engagés tous les deux, mais on s’est dit qu’on pouvait aller encore plus loin. »

En quête d’une vie plus créative et ralentie, ils cherchent la maison de leurs rêves dans le Perche. Après quelques visites, ils dénichent une vieille bâtisse sur laquelle veillent deux ânes, où tout est à imaginer. « La maison est nichée sur une colline. Quand on est sortis de la voiture, on a été frappés par cette vue incroyable sur la nature, juste en face du château de Montmirail », raconte Anouck. Ils font une offre le jour même, acceptée, et signent pour trois ans de rénovation afin de concevoir un lieu pleinement aligné avec leurs valeurs.

Rénovation verte
Isolation, plomberie, électricité, sols, enduits : tout est repris. L’objectif est clair : atteindre les standards des constructions neuves, notamment ceux de la RT 2020. Cette exigence impose une isolation renforcée dans cette maison devenue passoire thermique, pour un confort été comme hiver et sans gaspillage d’énergie. « C’est un investissement, précise Anouck. Même si les espaces sont très ouverts, on a repensé toute la circulation avec de nouvelles cloisons pour isoler de manière durable. » [Ndlr : ouverte aujourd’hui au public, la maison dispose de 3 chambres et demi – avec un couchage supplémentaire sur la mezzanine – et 3 salles de bains, et peut accueillir 7 personnes tout confort.] Les travaux les plus lourds ?

La pièce de vie du rez-de-chaussée. Deux murs porteurs abattus, des IPN installés, un sol entièrement décaissé à la main : « On a passé trois jours dans la poussière, il a fallu enlever les tomettes posées à même le sable, puis creuser et enlever les silex un à un, louer un marteau-piqueur pour la partie bétonnée… C’était nécessaire mais très fatigant ! » Ragréage (préparation du sol), dalle de béton, enduit au plâtre, pose de parquet ou carrelage… Rien n’effraie Anouck et Jean-Baptiste qui, pendant trois ans, apprennent sur le tas, jusqu’à réaliser entièrement l’une des salles de bains – finalement, seule la toiture sera confiée à des experts. Comme dans toute rénovation, le chantier réserve son lot de surprises. La plus marquante se révèle dans l’une des chambres : « En cassant le faux plafond, on a découvert un superbe mur en pierre et gagné près d’1,5 mètres de hauteur. On rêvait d’un volume cathédrale sans réussir à l’intégrer à nos plans ; il s’est finalement imposé à nous. En plus, il intègre le conduit de cheminée, ce qui permet de chauffer naturellement la pièce – en parfaite cohérence avec notre démarche. » Mais au-delà du gros œuvre et des performances énergétiques, l’approche du couple se veut profondément circulaire. Dès la démolition, chaque élément est trié pour être réemployé. Des poutres deviennent du mobilier, d’autres matériaux trouvent une place dans la maison. Même les ressources les plus simples sont valorisées : récupérer l’eau, conserver le parquet quand c’est possible… Dans cette continuité, toute la décoration et le mobilier sont, eux aussi, 100 % chinés.

Super (belles) chineries
La seconde vie des objets, c’est le cœur du projet Maison Légère. Pour Anouck, chiner est un réflexe ancien, presque instinctif. Via superchinerie (sa sélection en ligne de décoration vintage), elle en a fait un métier ; avec la maison, un terrain d’expression. Ici, rien n’échappe à cette logique : de l’interrupteur à la moindre brique, des portes au carrelage, même l’électroménager et les outils, tout a été chiné en ligne ou dans les brocantes de la région. Dans cette esthétique inspirée de Lanzarote, les matériaux bruts (bois, pierre, métal) côtoient ainsi tissus vaporeux et une sélection pointue de seconde main. Certaines pièces sont même devenues emblématiques : le lavabo rose Courrèges dans la salle de bains (première trouvaille d’Anouck avant même de commencer les travaux), le meuble de cuisine taille XL en Inox, le canapé bas (fruit de trois ans de recherche), la baignoire en fonte, l’Uten.Silo signé Dorothée Becker (une édition originale de 1969)… « Je m’amuse aussi à détourner les objets du quotidien », précise Anouck. Un grillage destiné aux chapes de béton devient rangement mural dans la cuisine ; des draps des années 1960 se transforment en rideau de douche ; un évier en pierre conçu pour l’extérieur devient lave-mains ; un ancien râtelier se réinvente en portemanteau…

Sa petite fierté ? Avoir transformé des porte- documents USM en tables de nuit grâce à l’ajout d’une vitre sur-mesure ! Après trois années intenses, le rythme s’apaise enfin. Désormais ouverte à la location, la maison accueille ceux qui souhaitent en faire l’expérience. Prochaine étape : créer un potager pour accompagner les arbres fruitiers dans le jardin. Une façon de prolonger, jusque dans l’assiette, cette démarche de sobriété et ce lien étroit avec le vivant.

@maison_legere / maisonlegere.com
@superchinerie

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