En couverture du Home n°123, l’intérieur de Simone Noa

À Copenhague, l’artiste Simone Noa compose un intérieur où l’imperfection devient langage esthétique.
Entre objets patinés, matières contrastées et sens du détail, son appartement incarne une vision sensible de l’habitat, où chaque trace d’usage raconte une histoire et donne du relief au quotidien.

Par Eva Batlogg – Photographies : Katrine Rohrberg

Chaque soir, Simone Noa termine ses journées de la même manière : en parcourant des catalogues de ventes aux enchères, à la recherche d’un objet qu’elle ne saurait pas toujours nommer. Ce qu’elle traque n’est pas la perfection, mais au contraire ce qui s’en éloigne. Une couture irrégulière, une surface marquée, une pièce légèrement décalée. Autant de signes, pour elle, qu’un objet a vécu. « J’aime les pièces imparfaites, explique-t-elle. On sent qu’elles ont été pensées, façonnées, parfois même corrigées en cours de route. » Cette sensibilité guide ses choix, souvent instinctifs. Il lui arrive d’acheter sans savoir où l’objet trouvera sa place. Mais c’est précisément cette part d’incertitude qui nourrit son plaisir : laisser le temps faire son œuvre, et l’objet s’inscrire naturellement dans l’espace. Son appartement à Copenhague reflète cette approche dans les moindres détails. Rien n’y est figé, tout semble à la fois réfléchi et libre.

L’ensemble échappe à une mise en scène trop rigide. La bibliothèque, par exemple, est organisée avec soin, chaque élément choisi avec intention. Pourtant, ailleurs, la vie reprend ses droits : une veste repose sur une chaise, des objets s’accumulent là où la journée les a déposés. Une esthétique de l’intuition et du contraste. Pour Simone, l’aménagement d’un intérieur commence comme une toile vierge. La couleur y joue un rôle central, presque émotionnel. Chaque pièce dialogue avec la suivante, dans une continuité subtile. « J’essaie de créer un fil conducteur, même lorsque les teintes évoluent. Il doit toujours y avoir une conversation entre les espaces. » La couleur devient ainsi une manière de définir l’atmosphère, de moduler les sensations. Autour de cette base viennent s’ancrer des pièces fortes : une table vintage, une commode marquée par le temps, un canapé aux lignes sculpturales. Chacune structure l’espace et participe à son identité. Puis viennent les superpositions : textures, œuvres, objets glanés au fil du temps. « C’est à ce moment-là qu’un lieu commence vraiment à vivre », confie-t-elle. Le choix des matériaux répond lui aussi à une logique à la fois esthétique et pratique. Un canapé doit inviter à s’y lover sans contrainte. Une chaise doit justifier sa présence par son usage.

Simone privilégie les contrastes : la douceur d’un tissu bouclé ou d’une laine brossée face à la rugosité du bois, du lin ou du métal. Ce jeu d’oppositions crée des espaces riches, jamais figés. Chez elle, les objets ne sont pas simplement décoratifs. Ils doivent être utilisés et intégrés au quotidien. Ceux qui ne répondent pas à cette exigence disparaissent. Chaque nouvelle acquisition doit passer une forme d’épreuve : pourra-t-elle accompagner un futur déménagement ? S’inscrire dans une autre vie, tout en restant fidèle à son identité ? Un intérieur en mouvement L’arrivée de sa fille a naturellement transformé cet équilibre. L’espace s’est adapté : les objets fragiles ont été déplacés, le sol libéré pour le jeu. Une règle simple s’est imposée : ranger après usage. « Je veux qu’elle puisse évoluer librement, sans contrainte, mais sans renoncer à ce qui fait l’âme du lieu. »

La maternité a renforcé son lien à l’espace, tout en introduisant une nouvelle dynamique. Certains recoins restent apaisés, presque intacts, tandis que d’autres deviennent plus mouvants, plus vivants. L’ensemble repose sur une recherche constante d’équilibre, entre liberté et structure, spontanéité et calme. Ce qui se dégage de cet intérieur, comme de la pensée de Simone Noa, c’est une véritable acceptation de l’imperfection. Une manière d’habiter le monde qui valorise les traces du temps, les marques de l’usage, les irrégularités ; autant d’éléments qui confèrent aux objets leur singularité et leur profondeur. Dans cet univers, la beauté ne réside pas dans l’immaculé, mais dans ce qui a été vécu. Une vision qui s’inscrit pleinement dans une esthétique contemporaine où le durable, le sensible et l’authentique prennent le pas sur le lisse et l’uniforme.

@simonenoa

HOME MAGAZINE
Numéro 123 (mai-juin 2026) – Intérieurs inspirés, Tout en contrastes

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